LETTRE-PREFACE XV
mer ainsi un faisceau qu'il sera difficile de rompre. Mais pour cela, il faut encore et il faudra toujours de la volonté, de la décision, de l'esprit de suite et de l'entente, conditions nécessaires de la paix intérieure. Gela dépend uniquement de nous. Pourrions-nous refuser de coopérer à une tâche aussi belle, aussi noble, aussi française ? Gela me parait impossible. Aussi, écouterons-nous les conseils que vous nous donnez avec tant de conviction et tant de sagesse.
Telles sont, Monsieur, les pensées que m'a inspirées la lecture de votre ouvrage. Je ne doute pas encore une fois que, lu avec l'attention qu'il mérite par tous les bons Français, il ne serve utilement à l'union si nécessaire aux intérêts sacrés de notre pays.
Henri Welsghinger.
Viroflay, 1" novembre 1913.
Michel de l'Hôpital aux Etats généraux d'Orléans, io60 : « Osions ces mots diaboliques, noms de parts, factions et séditions, luthériens, huguenauds, papistes ; ne changeons le nom de Chrestiens. »
Laissons ces épithètes désobligeantes, bonapartistes, cléricaux, francs-maçons ; ne changeons le nom de Français.
Oq se rappelle les circonstances du dernier conflit franco-allemand. La France était déchirée par les querelles des partis ; la grève des chemins de fer avait produit un malaise universel; les ministères tombaient les uns sur les autres; les journaux de toutes opinions étaient en bataille. Les Chambres ne discutaient que questions irritantes, où nulle conciliation ne paraissait possible : la défense laïque, le duel interminable des instituteurs et des curés, des jésuites et des francs-maçons ; la réforme financière, l'impôt sur le revenu : pour les uns, l'équi-
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table répartition des charges publiques ; pour les autres, la course à l'abîme, à la banqueroute, l'exode des capitaux, l'inquisition fiscale, l'effraction des coffres-forts ; et, par-dessus tout, la réforme électorale, la représentation proportionnelle, les mares stagnantes, le quotient, le plus grand commun diviseur, l'attribution des restes, le panachage : le byzantinisme le mieux caractérisé.
On annonce tout à coup l'apparition d'une canonnière allemande devant Agadir : l'Allemagne nous dispute le Maroc. En un moment, les partis s'effacent ; il n'y a plus que la France. Le ministère tient bon contre la violence étrangère ; l'opinion unanime le soutient, plus ferme que lui, impitoyable à ses concessions, à ses moindres signes de faiblesse ; les manœuvres de l'automne, au fort de la crise, manifestent chez tous les soldats, de toutes conditions, ouvriers et paysans, une admirable vigueur morale, prête à tous les sacrifices : un peuple entier debout pour son droit, sans un cri, de provocation ou d'inquiétude, dans une froide résolution qui fit reculer l'adversaire.
Et il ne s'agissait que d'un intérêt colonial ! Personne ne peut dire ce que serait la France s'il était question de son salut, de son honneur. Grand spectacle qui fut une révélation pour le monde et pour elle. Elle se connut, elle eut conscience de son unité, de sa valeur. Les épreuves sont fortifiantes pour les grands peuples : la Prusse après léna se raidit contre le désastre et refit ses vertus nationales; elle mérita