DIFFERENCES ENTRE FRANÇAIS
de vaincre. La France depuis Sedan a retrempé ses énergies, et voici qu'elle veut reprendre, qu'elle a repris sa place.
Ces divisions et cette union, désormais plus forte que ces divisions, ont leurs raisons, comme tout phénomène, historique ou autre.
Il y a en France des différences d'intérêts entre les classes sociales comme entre les individus, jadis entre les privilégiés et les non-privilégiés de la naissance, aujourd'hui entre les privilégiés et les nonprivilégiés de la fortune. Il y a la haine des classes, l'association internationale des travailleurs, et donc cela ne nous est pas particulier.
Il y a entre nous des différences de religion ou de conception religieuse. Il y a des gens qui n'aiment pas les Juifs, et on a vu récemment l'antisémitisme à l'œuvre; il y a encore de l'antisémitisme au fond de la race : question de race en effet autant et plus que de religion. Protestants et catholiques ne se sont pas toujours parfaitement accordés dans le passé; on en retrouverait aisément quelque chose chez nos contemporains.
Et puis maintenant, depuis environ deux siècles — c'est la faute à Voltaire, et à quelques autres — il y a les croyants, catholiques surtout, contre les libres penseurs, les cléricaux contre les laïques. La bataille est quotidienne, et parfois chaude : on dirait des frères à jamais ennemis.
Il y a peut-être encore des différences entre le Nord et le Midi. On nous démontrait récemment que
le Nord était sous la domination du Midi parce que les deux derniers présidents de la République, MM. Loubet et Fallières, étaient l'un de la Drôme et l'autre des bords de la Garonne ; il paraît aussi que le Nord et le Midi ne sont pas toujours représentés proportionnellement dans les ministères, et que l'équilibre national risque ainsi d'être compromis. Mais il est probable que l'élection de M. Poincaré à la présidence de la République remettra les choses en état.
Il est bien vrai que le Nord ne ressemble pas au Midi ; qu'il y a plus de sang latin dans les populations du Midi, plus de sang germanique ailleurs. On rencontrerait aussi du reste, ici ou là, des éléments celtiques, ou ibériques ou ligures. Le Midi, ancienne province romaine (Provence) ou Narbonnaise, ou Aquitaine, a mieux reçu et gardé la culture méditerranéenne, moins subi l'influence des invasions barbares; il en a ainsi une mentalité particulière : ne trouverait-on pas au Midi une espèce de sentiment païen, au Nord plus de religiosité, une tendance au mysticisme, et ainsi chez les uns et les autres des modes particuliers de croire et de penser?
En vérité, il y a des différences entre toutes nos anciennes provinces, chacune ayant son caractère propre et son amour-propre, malgré l'uniformité départementale et malgré les chemins de fer. On a voulu souligner ces différences, dresserles provinces les unes contre les autres : faute grave contre la patrie, et aussi erreur de jugement historique; on