‹ L'unité françaiseChapitre 16 sur 178 · LE CADRE DE L UNITE · texte numérisé non relu

LE CADRE DE L UNITE

ne dressera pas plus des barrières politiques que des barrières douanières entre les provinces françaises. Certes elles ne se ressemblent pas. Mais les aspects physiques aussi sont variés quand on passe du nord au midi, de l'ouest à l'est; il y a des bois et des plaines, des châteaux et des villages, des champs et des usines : n'est-ce donc pas toujours le pays de France, « le tant beau pays de France » ?

Quel admirable cadre à l'unité nationale ! Des plaines fertiles, au climat aimable, d'où la charrue fait sortir des moissons d'or, où grandissent les villes populeuses et riches, au bord des fleuves qui emportent au loin les productions de l'art ; un robuste massif, le Plateau Central, forteresse de la race, où Vercingétorix arrêta César, où nous n'avons pas su, en 1870, organiser une résistance invincible, pour sauver l'unité ; tout autour de cette citadelle de granit, qui serait imprenable, des routes où l'on circule, où se rencontrent les populations, où s'établissent les marchés : avec des ouvertures sur tous les horizons, an delà des Alpes et du Rhin, de la Manche et de rOcéan : un pays de forte unité et de large expansion, sur les continents et sur les mers.

Sur ce sol entre tous privilégié, une race s'est formée qui a eu dès l'origine une incomparable unité : dès avant Jésus-Christ, les Gaulois déchirés de querelles savaient s'unir pour conquérir ou pour se défendre : 3oo.ooo cavaliers essayèrent de délivrer les assiégés d'Alésia. Puis Rome victorieuse par la supériorité de son génie, les Gaulois acceptèrent sa tutelle

et ses lois : ce fut la Gallia, une nation déjà, et singulièrement ordonnée et prospère quand le reste de l'Europe était encore noyé dans les ténèbres de la barbarie : une même langue malgré quelques variétés de dialectes ; une môme mentalité ; une même culture déjà délicate ; une même façon de concevoir l'ordre politique et social ; un même esprit national.

Puis, de siècle en siècle, une même histoire, c'està-dire une même vie, les mêmes émotions de détresse et de triomphe, les mêmes gloires et les mêmes deuils. Les quelques difîérences de races, qui ne furent pas grandes, les nouveaux éléments ethniques vite absorbés et assimilés par les anciens, les différences de religion, qui ne furent pas profondes, les différences d'intérêts qui ne sont jamais inconciliables, disparurent ou du moins s'effacèrent dans les mêmes destinées, dans une communauté toujours plus intime de souvenirs et d'espoirs, 'dans une « fédération », comme disaient nos ancêtres, la fédération des cœurs dans le culte de la patrie.

Sous la variété des circonstances qui font son histoire, nous voudrions ici retrouver cette France, cette vraie France, œuvre des siècles et des hommes. Certes elle ne s'est pas achevée sans effort : elle ne serait pas si belle ni si parfaite ! Il fallut de rudes crises — peut-être en faudra-t-il encore î — un formidable creuset d'épreuves pour y fondre son incorruptible image.

Voyez, aux monnaies d'or que grava Chaplain, le

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