LA QUERELLE DES PROVINCES
profil sobre et délicat, au ferme menton, à la vision si grave et si pénétrante, de notre France couronnée de chêne I
La querelle des provinces fondue dans le sentiment patriotique.
Fut-il un temps plus désastreux dans notre histoire que le commencement du quinzième siècle, le temps des Armagnacs et des Bourguignons ? La France fut-elle jamais plus divisée, et ainsi plus près de sa perte?
Le roi fou. Le Trésor au pillage. Le pouvoir disputé entre les parents du pauvre Charles VI, Orléans contre Bourgogne, la noblesse en deux camps, Louis d'Orléans assassiné par ordre de Jean sans Peur, Jean sans Peur assassiné sur le pont de Montereau par les chefs des Armagnacs.
Ambitions rivales. Mais aussi querelles de provinces ou de régions, encore le Nord contre le Midi, comme en l'horrible guerre des Albigeois, moissons et villages brûlés, villes pillées d'un bout à Tautre du royaume, sans en excepter Paris qui connut toute une série de terreurs, armagnaques ou bourguignonnes.
Querelles sociales aussi : depuis la bataille de Poitiers, un demi-siècle de Jacqueries, de ces Jacqueries rurales qui sont comme nos émeutes urbaines où s'affrontent les intérêts, où s'exaspèrent
dans le sang qui coule les conflits sociaux. On a dans l'imagination les scènes atroces de l'invasion des châteaux par les Jacques furieux, pillages, meurtres et viols; aussi, delà vengeance des nobles, des tueries de Meaux et de Beauvais ; tout le pays dans une détresse inouïe : les Tuchins, les Capuchons blancs dans le Midi, dans le Vivarais ; les Maillotins à Paris, puis les Cabochiens, les Bouchers de Simon Caboche ou du bourreau Capeluche, formidables gardes-du-corps de l'Université démocratique, qui font penser, quatre siècles auparavant, aux citoyens piquiers, aux tricoteuses et à la sinistre guillotine.
On ne triomphe alors que par assassinats et massacres, massacres redoublés à Pans, le connétable d'Armagnac déchiré, de larges lanières de peau découpées sur son cadavre pour en dessiner la croix blanche de son parti : toute la France ainsi mise en pièces.
Et, comme on était en pleine guerre de Cent Ans, les Anglais eurent beau jeu pour prendre la France. Après Azincourt, elle était à leur merci. Pour venger son père Jean sans Peur, Philippe le Bon, le nouveau duc de Bourgogne, s'allia avec eux. La reine Isabeau de Bavière l'aida à achever l'œuvre de trahison ; le traité de Troyes livra tout le royaume aux Anglais, en reniant le Dauphin comme fils du « pauvre fol de roy » et mariant Catherine de France au roi d'Angleterre.
Quelle plus triste date que celle de 1422 î