LE « MYSTERE DE JEANNE D ARC
Charles VI mort, Henri VI de Lancastre, proclamé à Paris roi de France et d'Angleterre ; le vrai roi de France, le Dauphin, « roi de Bourges », menacé dans Bourges, des bandes anglaises dans toute la France, la France anglaise, la France perdue !
En un moment, en moins de dix ans, la France fut sauvée; après ces ténèbres, une grande lumière éclaira toute notre histoire à travers les siècles à venir. C'est le miracle du patriotisme, ou le Mystère de Jeanne d'Arc, selon la belle expression de Charles Péguy. La pauvre fille des champs souffrit d'abord de la guerre civile : les Armagnacs et les Bourguignons se battaient aussi en Lorraine, et souvent il lui fallut s'enfuir à Vaucouleurs, avec les siens ; au retour, elle avait grande pitié des ruines et des misères que la guerre faisait derrière elle. « Je n'ai jamais vu de sang de Français que mes cheveux ne levassent. »
Mais élargissant aussitôt son cœur de Lorraine en pitié pour toute la France, elle voulut sauver le royaume, en bouter hors les Anglais. Elle partit, elle alla de Vaucouleurs à Chinon, elle vit le roi, elle le consacra au nom de la patrie ; de Chinon à Orléans, elle traîna la foule après elle, elle entra dans Orléans parmi les acclamations populaires, elle en fit lever le siège par les Anglais le 8 mai 1429. D'Orléans à Troyes et Reims, elle conduisit le roi et le fit triomphalement sacrer au nom de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus. Puis ce furent les épreuves, l'échec et la blessure devant Paris, de longs mois d'inaction à
Mehun-sur-Yèvre et Bourges, la défense de Compiègne, la captivité, le Calvaire du procès, le martyre du bûcher.
De Test à l'ouest, du sud au nord, elle avait semé la bonne semence du patriotisme; de spiendides moissons en allaient lever.
L'unité était refaite. Les seigneurs avaient suivi la fille du peuple, Dunois, le duc d'Alençon. Le connétable de Richemont continua son œuvre ; francsarchers des classes inférieures et compagnies d'ordonnance des gens d'armes de la noblesse travaillèrent ensemble à la reconquête de la France par l'union et la concorde de tous les Français. Et la force d'attraction de la patrie constituée fut déjà telle qu'elle rallia la Bourgogne ; le traité d'Arras de 1435 mit fin à la querelle des Armagnacs et des Bourguignons.
La Bourgogne resta encore quelque temps indépendante ; après Philippe le Bon, Charles le Téméraire voulut fonder un royaume de Gaule-Belgique, cependant qu'il prétendait démembrer la France en provinces. « J'aime tant son bien, disait-il, qu'au lieu d'un roi, je lui en voudrais six. » Mais l'unité française était faite dès lors.
Le Téméraire mourut misérablement et la Bourgogne fut réunie à la France. Sa fille unique Marie épousa l'empereur Maximilien. Son arrière-petit-fils Charles-Quint après Pavie voulut reprendre la Bourgogne et se la fît céder par François P", son prisonnier. Mais elle n'y consentit pas : ses députés décla-