LA RENAISSANCE
rèrent qu'elle ne voulait pas être allemande, et elle resta française.
Première affirmation d'une conception nationale et d'une volonté patriotique.
Tout aussitôt cette union des cœurs ouvrit à la France un siècle de prospérité et de gloire. Dès Charles VII elle répara les ruines de la guerre civile et de l'invasion. Les « bonnes villes » se remirent au travail ; Louis XI s'entendit fort bien avec leurs bourgeois ; il aimait à les visiter sans façon et tenait leurs enfants sur les fonts baptismaux. Tours ne fut jamais plus brillante ; elle fut alors comme une des capitales de l'industrie française.
La Bretagne fut réunie à la France lorsque la « bonne duchesse » devint la reine Anne. Louis XII fut appelé le « père du peuple » ; il oubliait comme roi les injures qu'il avait subies comme duc d'Orléans : il achevait ainsi d'effacer les dernières traces des guerres civiles.
Ce fut la Renaissance. Les bords de la Loire, de la douce et molle Loire, au lieu des forteresses féodales du moyen âge, se couvrirent de châteaux accueillants et magnifiques, Chambord, Amboise, Chenonceaux; une cour galante et fastueuse, cent ans après Jeanne d'Arc, déroulait sur les chemins de la France ses cortèges de carrosses, ses chevauchées de gentilshommes et de dames de beauté. Et comme la paix est fertile en profits de toutes sortes, l'esprit français s'épanouit richement et commença de donner des ouvrages pleins de sens et d'avenir.
Par une conséquence naturelle, la puissance de la France se manifesta avec éclat. C'est le temps des guerres d'Italie, des « guerres de magnificence », qui furent l'occasion d'une ample moisson de gloires nationales, Fornoue où la coalition italienne fut abattue par la « furie française », Agnadel où le roi Louis XII montra un si beau courage, Ravenne où Gaston de Foix périt en pleine victoire; Marignan, bataille de géants, auprès de laquelle Ravenne n'aurait été qu'un tiercelet, Pavie même, et Cérisoles.
La France courut pourtant alors de redoutables dangers, enveloppée de toutes parts par l'immense empire de Charles-Quint, situation très comparable à celle où la met aujourd'hui la puissance croissante de FAllemagne. Elle lutta par les armes, même son roi pris, et par la diplomatie. Elle ne fut pas entamée; elle ne perdit pas la Bourgogne; elle conquit même Calais et les Trois-Évèchés, Toul, Verdun, Metz, et le grand Empire allemand se brisa de luimême en deux.
Plus loin encore l'influence française s'étendait à travers le inonde. Depuis Jacques Cœur — « à cœurs vaillans riens impossible », — le commerce de la France, au départ de Montpellier, régnait sur la Méditerranée, où il n'y avait « mât revêtu sinon des fleurs de lys ». L'alliance de François P'' et de Soliman le Magnifique, de la Croix et du Croissant, renouvelait à sa manière la tradition des croisades, préparait les temps de la tolérance religieuse, de