L UNION CONTRE L ETRANGER
maître de toute la France du Nord, installa une garnison espagnole à Paris. Le roi d'Espagne songea au moins à démembrer la France, jeta son dévolu sur la Bourgogne : il descendait de Charles le Téméraire.
Pire encore I les États généraux du royaume se réunirent en i SgS à Paris pour choisir un roi. Ils furent mis en présence d'une candidature espagnole, celle de l'infante Isabelle, et elle était fiancée à un archiduc autrichien. C'était la crise de 1^20 renouvelée : la France espagnole, ce n'eût plus été la France, pas plus que la France anglaise.
Il y a des moments où le sentiment patriotique — qui est pourtant fondé surtout sur le sentiment de la conservation — s'égare et se trouble, où l'on croit trouver chez les étrangers des alliés contre ses compatriotes, où l'on ne voit plus les frontières ; phénomène qui n'est pas particulier au lointain passé dont nous parlons.
Mais, à la veille du péril suprême, péril de mort, on se ressaisit ; le bon sens reprend ses droits : le bon sens est un des traits de notre caractère national ; il est rare que l'on se perde longtemps chez nous dans les exagérations des passions politiques ou religieuses. Là encore, Jeanne d'Arc avait été un modèle : quelle finesse de raison dans ses réponses à ses juges î quelle droiture et quelle franchise à éviter les pièges longuement préparés 1
Il y eut de ces qualités chez les bons bourgeois du parti des « politiques » à îa fin du seizième siècle,
chez les auteurs de la Satire Ménippée, d'une si piquante ironie à démasquer le charlatanisme des Lorrains et des Espagnols, d'un patriotisme si clairvoyant à faire appel au sentiment national, à le grouper autour du roi, autour du bon Français qu'était Henri de Béarn : le roi est le soleil de la France, il lui arrive de brûler quelques raisins, mais sans lui il n'y a pas de vendange.
Avec eux, la France tout entière vit bien qu'elle se perdait à prolonger les querelles religieuses, qu'elles n'étaient avantageuses qu'à l'Espagne. Et puis surtout une grande lumière se fit alors dans les esprits, non pas dans tous : que, selon le mot de Michel de l'Hôpital, le couteau ne vaut contre la foi, que nulle croyance ne se peut imposer ; qu'il faut donc admettre dans un même pays des confessions diverses ; que l'État doit les tolérer, les protéger également, garantir la liberté de conscience ; que le sanctuaire de la conscience lui doit être interdit ; qu'il n'a en effet d'autre mission que d'assurer l'ordre social et l'existence et la grandeur de la patrie; qu'il faut donc séparer l'Église de l'État, le domaine religieux du domaine politique, c'est- à-dire, selon la parole même de Jésus, rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
Révolution profonde: l'État antique était religieux et politique à la fois; ses fonctionnaires étaient prêtres aussi, et les consuls de Rome accomplissaient les rites et les sacrifices ordonnés par les dieux. Le christianisme s'était délié d'abord de la