‹ L'unité françaiseChapitre 22 sur 178 · L UNION PAR LA TOLERANCE · texte numérisé non relu

L UNION PAR LA TOLERANCE

religion impériale, avait passé pour rebelle, avait été traité comme tel, puis il avait christianisé l'État. Voici maintenant que le schisme entre chrétiens oblige rÉtat moderne à s'abstenir de toute intervention dans les choses de la conscience, à se séculariser. Il faudra d'ailleurs du temps, des siècles, pour que cette nécessité d'ordre politique s'impose universellement.

En tout cas, l'Édit de Nantes en fut la première manifestation, la plus éclatante peut-être, un des événements essentiels de Thistoire de l'humanité, aussi grave en ce sens que la Déclaration des droits de l'homme qui répéta deux cents ans plus tard que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses, pourvu que l'ordre établi par la loi n'en soit pas troublé ».

Quoi qu'il en soit, la tolérance religieuse refit l'union des Français. Henri IV y avait fait le sacrifice de sa foi; il avait été reçu triomphalement dans Paris; il avait prié aussitôt les Espagnols de s'en aller : « Au revoir, Messieurs, mes compliments à votre maître, mais n'y revenez plus ! » Et comme ils revinrent en Bourgogne, acharnés à garder quelque chose de la France tout à l'heure si affaiblie, ils se tirent battre à Fontaine-Française et durent renoncer à leur grand dessein.

Certes les confessions religieuses de la France ne se purent concilier. Les protestants, petite minorité, restèrent inquiets, et après la mort d'Henri IV, organisèrent la République de la Rochelle. Richelieu les

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vainquit, leur prit leur capitale, leur laissa la liberté religieuse par l'Édit d'Alais, mais leur imposa le respect de l'unité française. Dès lors ils furent des sujets dociles : « Le troupeau, disait Mazarin, paît de mauvaise herbe, mais il ne s'écarte pas. »

Puis comme les protestants étaient très peu nombreux, Louis XIV crut assurer une unité plus parfaite — (« une foi, une loi, un roi » — en revenant à Funité catholique, par Toppression des consciences; il révoqua FÉdit de Nantes : erreur qui coûta cher à la France, qui d'ailleurs ne fit que retarder d'un siècle l'achèvement de l'unité française par la liberté religieuse.

Cependant, de la fin des guerres religieuses, de la reconstitution de l'unité sortit naturellement, comme un phénomène régi par des lois physiques, une nouvelle période de grandeur nationale.

La France fut pendant deux siècles unanime, non seulement dans la doctrine, mais dans le sentiment, dans la foi monarchique. Il y eut bien quelques libertins, mais dans une société très restreinte. En fait, il n'y eut pas jusqu'à la Révolution d'hérétiques à la religion de la royauté. C'est le signe caractéristique de la mentalité de ce temps où le roi est la France ; le culte du roi est la forme monarchique du patriotisme ; et c'est pourquoi il ne convient pas d'en rire : il y a cette part de grandeur même dans les plus pittoresques cérémonies de l'étiquette.

Sous cette tutelle quasi-religieuse, toutes querelles apaisées par l'autorité royale, la France se remit au

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