LE « GRAND SIECLE
travail; elle est admirable dans ces périodes, d'ailleurs fréquentes, de labeur pacifique. Dès Henri IV et Sully, les glaives des guerres de religion furent retournés en socs de charrue. « Labourage et pâturage, disait Sully, sont les deux mamelles de la France, les vraies mines et trésors du Pérou. » Formule qui avait plus de sens encore que sans doute il ne croyait. Olivier ^de Serres ne dédaigna pas d'enseigner aux paysans les meilleurs modes de culture.
Henri IV lui-même donna plus de soins à l'industrie, encouragea les plantations de mûriers dans le pays de Tours et dans celui de Lyon, qui y commença son éclatante fortune. Il prépara Toeuvre de Colbert. Ce grand ministre eut aussi la passion du bien public. Il vit dans les corporations l'instrument nécessaire de la perfection industrielle qu'il rêvait ; il est vrai qu'il fut le fondateur de quelques-unes de nos grandes industries nationales, meubles, tapisseries, verreries, qu'il contribua à donner à la production française les qualités de goût et de loyauté qui n'ont cessé de la distinguer ; les palais du roi les firent valoir excellemment et en gardèrent la leçon pour la postérité.
Ce n'est pas non plus par hasard que cette période d'unité française correspond à la prépondérance de l'esprit français dans les lettres, au a grand siècle ». Cette suprématie universelle de la langue et de la littérature classique, qui devait se maintenir pendant de longues générations, comme une lumière nouvelle de la civilisation antique, et qui devait lais
ser sur la France et sur d'autres sociétés une si profonde marque, était l'expression même du sentiment de l'ordre né des querelles antérieures et symbolisé par la monarchie avec une incomparable grandeur.
Et comment une telle autorité n'aurait-elle pas correspondu avec un développement nouveau de l'influence politique de la France? Sous Richelieu et Mazarin, elle donna à l'Allemagne la liberté religieuse, elle en prépara l'avenir politique. Elle y gagna l'Alsace, condition et garantie des libertés germaniques. Elle s'étendit naturellement jusqu'à ses frontières naturelles, indispensables à l'équilibre de l'Europe, Artois, Flandre, Franche-Comté, Roussilîon, puis Lorraine, puis Corse. Elle acheva de se former.
Elle eut un immense empire colonial. Elle eut à travers le monde toute l'activité que ses rois lui avaient préparée avant les guerres de religion. Car il y a des traditions qui s'imposent irrésistiblement, et le rôle universel de la France est une de ces traditions.
La querelle politique et sociale.
Vers l'égalité.
Les manifestations plus récentes de nos divisions et de nos réconciliations sont plus délicates à analyser, la querelle politique née de la Révolution n'étant pas encore apaisée, la querelle religieuse non plus d'ailleurs. Il est possible cependant d'y