LA QUERELLE POLITIQUE ET SOCIALE
poursuivre le raisonnement que nous avons commencé, et qui est la loi de notre histoire.
Le bouleversement révolutionnaire de 1789 fut terrible. Les Jacqueries du quatorzième et du quinzième siècle parurent renaître dans celle de juillet-août, pourtant moins sanglante; les journées d'octobre à Versailles furent Foccasion de scènes aussi répugnantes qu'odieuses.
Les partis se décimèrent, même et surtout entre révolutionnaires: le 17 juillet 1791, les constitutionnels firent périr au Champ de Mars un grand nombre de pétitionnaires républicains. Puis les émigrés formèrent à Coblentz Tarmée de Condé; les prêtres réfractaires persécutés ameutèrent les campagnes de l'Ouest et du Midi. Les Girondins se levèrent contre les Montagnards. Les Montagnards les chassèrent de la Convention, les firent monter sur Téchafaud. Les Montagnards se décimèrent entre eux : les Hébertistes furent guillotinés, puis les Dantonistes, puis les Robespierristes, puis ceux qu'on a appelés les derniers Montagnards.
Les massacres des prisons, la loi des suspects^ la loi du maximum, les « journées » répétées, les Assemblées envahies par la populace, ce furent les scènes ordinaires de la vie politique en France pendant trois ou quatre ans. La Terreur de 1794, celle dont la responsabilité demeure à Robespierre, fit à elle seule, à Paris, 1.400 victimes. A quel chiffre arriverait-on en faisant le compte de toutes les terreurs départementales ?
Ainsi le corps de la nalion était déchiré en tous sens. La Vendée, la Bretagne, Lyon, Marseille, Toulon, la Gironde, la Normandie, tous les anciens pays d'États refusaient Tobéissance à la Montagne, maîtresse de la Convention, appuyée seulement sur les anciens pays de la couronne habitués à se serrer autour de Paris. L'œuvre de la royauté était compromise au dedans.
Aussi au dehors : tous les rois de l'Europe alhés contre la République, la France considérée comme une autre Pologne, destinée à un démembrement mortel; des périls qui rappelaient les temps de la Ligue, ou des Armagnacs et des Bourguignons, favorables aux convoitises étrangères.
Mais la force révolutionnaire montra une puissance exceptionnelle ; la formidable unité de 1798 — « La République une et indivisible, ou la mort ! » — absorba dans une farouche réquisition toutes les ressources matérielles et morales de la nation, en projeta la vigoureuse énergie sur tous les ennemis de l'intérieur ou de Textérieur. Quoi qu'en dise M. Marcel Sembat, il n'y eut jamais plus redoutable instrument de guerre que les armées de la République. En quelques mois les soldats de Tan II délivraient les vieilles frontières, gagnaient d'un élan le Rhin, établissaient enfin la France nouvelle dans ses frontières naturelles, achevaient la politique que poursuivaient les rois depuis deux cents ans.
Le !«'• octobre 1795, dans une magnifique explosion d'enthousiasme patriotique, la Convention dé-