LE DÉCHIREMENT RÉVOLUTIONNAIRE
clarail tous les départements de la rive gauche du Rhin « à jamais réunis à la France ».
Mais la France était épuisée par Textraordinaire tension qu'elle venait de .subir. La Convention laissait derrière elle d'insolubles difficultés. La République avait vaincu les rois de TEurope, et pourtant la France redevenait royaliste.
Le Directoire représente quatre années de divisions profondes; divisions politiques: le gouvernement s'estima obligé de défendre la République contre les royalistes qui, ayant eu la majorité dans les conseils, en furent chassés par coup d'État, déportés en grand nombre, « fructidorisés » ; ils demeurèrent en état de conspiration latente et résolue ; — divisions sociales : le nouveau jacobinisme, de Caius- Gracchus Babeuf, fondé sur l'égalité économique et le partage des terres, fut décimé aussi par coup d'État et par guillotine ; il resta quand même inquiétant et tint l'opinion sous la terreur de l'anarchie.
La guerre recommençant contre l'Europe en 1799, le désordre fut à son comble ; les ressources manquaient : on imagina un emprunt forcé ; les divers partis s'agitaient : on imagina la loi des otages ; les royalistes se révoltèrent dans le Midi. Là-dessus vinrent les défaites, l'Italie perdue, les Autrichiens sur le Rhin en face de Strasbourg, la frontière menacée, peut-être envahie demain.
Le pays chercha un sauveur, quelqu'un qui lui donnât la sécurité et l'ordre.
D'où le coup d'État de Brumaire, où le gouverne-
ment lui-même collabora à sa propre chute. Le succès en fut fait de la lassitude générale et d'un besoin universel de concorde nationale : ce fut la vraie force de Bonaparte et la condition de sa grandeur que d'y avoir donné satisfaction.
Il le vit dès l'origine avec la netteté qui était la qualité essentielle de son génie. Cambacérès, un régicide, garda sa gauche ; Lebrun, un ancien magistrat de Louis XVI, garda sa droite. Beaucoup d'émigrés rentrèrent, furent bien accueillis; les Jacobins, un moment effarouchés, vinrent à la cour consulaire, furent employés en grand nombre au conseil d'Etat, dans les administrations préfectorales.
La centralisation administrative dont ils se faisaient les agents s'accordait parfaitement avec les conceptions politiques de la Convention, avec l'idée de la République une et indivisible, avec toute la tradition révolutionnaire de l'unité nationale, ellemême venue des traditions monarchiques et même de l'éducation romaine, au fond des siècles de notre histoire. C'est pourquoi la France subit aisément et adopta définitivement les cadres administratifs et les institutions où le Consulat acheva de l'organiser.
Le Concordat fut la plus éclatante manifestation de cette politique de réconciliation nationale ; non pas qu'il ait été accueilli sans défiance : il ne fut adopté par les assemblées que sous la forme de la loi du 18 germinal an X, c'est-à-dire avec les articles organiques que le pape n'admettait point : d'où des malentendus qui s'aggravèrent dans le courant du