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L UNION PAR LES LEÇONS DU PASSE

Nous trouvons les uns et les autres dans le passé des raisons de nos divisions. Il se rencontrerait des Français pour louer ou excuser la Saint-Barthélémy, d'autres qui penseraient de même sur la Terreur de 1793 et sur Robespierre, ou sur les coups d'État de 1799 et de i85i, celui-ci n'ayant été, en somme, qu'une « opération de police un peu rude ».

Il s'en trouverait pour célébrer les bienfaits et les vertus de l'ancien régime des corporations, comme s'il était possible d'y revenir, ou du régime patriarcal, ou, comme Jean-Jacques, de l'état de nature. Il s'en trouverait aussi pour mettre leur espoir dans un avenir toujours meilleur : question de tempérament, parfois d'intérêt.

Mais il y a aussi dans notre passé des éléments et des raisons de rapprochement.

N'est-il pas vrai que tous les Français, Armagnacs et Bourguignons, se sont rangés derrière Jeanne d'Arc, puis derrière Charles VII et ses successeurs, pour communier dans un même sentiment patriotique, oubliant pour un temps tous intérêts et sentiments particuliers?

N'est-il pas vrai que tous les Français se sont serrés derrière Henri IV pour oublier leurs divergences religieuses et travailler ensemble à l'achèvement de la patrie, à la conquête de ses provinces nécessaires ?

N'est-il pas vrai que tous les Français, ou presque — soyons prudents — se sont ralliés à Napoléon et ont participé joyeusement à la gloire immense, unique, dont il couvrait le nom de la France ?

Driault, Unité. 3

N'est-il pas vrai que tous les Français ont soufifert et souffrent atrocement de la douleur inguérissable que leur a faite la mutilation de la patrie, qu'ils sentent tous la plaie de l'Alsace, éprouvant qu'un même deuil rapproche plus que des joies ou des triomphes communs ?

Et peut-être y entreverrons-nous la solution du problème que nous voulons résoudre : quand nous n'avons rien à redouter de l'étranger, nous nous mettons à nos querelles ; intérêts et sentiments opposés se donnent carrière en manifestations éloquentes et tumultueuses. Que nous soyons menacés, ou que nous le croyions seulement, nous courons tous au drapeau.

C'est qu'au-dessus des individus et des partis il y a la France, et que, la patrie en danger, son premier geste d'appel fait l'unanimité.

Il convient donc de rechercher, sous les faits divers et éphémères de nos querelles, les caractères fondamentaux delà nation elle-même. En vérité, l'histoire que Ton fait, ou du moins que l'on enseigne généralement, est surtout celle de nos divisions et de nos guerres. On veut bien, de loin en loin, consacrer quelque chapitre à ce qu'on appelle l'histoire de la civilisation, c'est-à-dire des mœurs, costumes, coiffures, chaussures, monuments, églises, châteaux^ chefs-d'œuvre de l'art ou des lettres.

Mais, à part ces éclaircies disposées heureusement pour le repos — un repos qui n'est pas toujours d'un grand agrément, — on s'intéresse plus, puis-

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