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LA TRADITION SOCIALE CONTRIBUTION DES DIVERSES CLASSES

L'Église.

Dans la profondeur des temps préhistoriques ou barbares, les Gaulois furent sans doute les ancêtres de la plupart d'entre nous. César les donne pour batailleurs et bavards : en est-il resté quelque chose chez leurs descendants ? Ils étonnèrent le monde de leurs exploits, jusqu'en Grèce, jusqu'en Asie Mineure, sur laquelle par eux nous aurions acquis des droits deux cents ans avant Jésus-Christ. Ils prirent Rome; sans les oies ils auraient pris le Capitole.

Mais ensuite les aigles romaines imposèrent silence au coq gaulois, et la domination des Augustes s'imposa près de cinq siècles à la Gaule.

Ce fut une période généralement heureuse. L'his-

toire n'en est pas dramatique; elle nous a laissé un remarquable dépôt de souvenirs, le premier après les informes débris de Tâge des cavernes : des monuments de gloire, colonnes et arcs triomphaux; des monuments d'art et d'utilité, des temples, des routes, des aqueducs, des thermes, témoins d'une remarquable activité économique et d'un état de civilisation qui ne pouvait pas manquer d'avoir une grande influence sur tout l'avenir du pays.

Ce sont en effet les signes extérieurs d'une éducation qui fut profonde et se transmit sans interruption à travers les siècles.

Il ne semble pas que Rome ait importé en Gaule beaucoup de colons ; qu'elle ait agi sensiblement sur la race par le sang : les peuples les plus cultivés ne sont pas les plus prolifiques. Pourtant il y a eu de populeuses colonies romaines dans le Sud, et c'est l'origine des différences qu'il y a toujours eu entre le Nord et le Midi. En tout cas, c'est surtout par laque nous pouvons nous dire de race latine.

Plus que le sang, nous devons aux Romains la langue, l'unité de langue ; de bonne heure, le celtique fut refoulé dans les montagnes, dans le fond de la Bretagne, et depuis il n'a jamais cessé de perdre du terrain, en sorte qu'il ne lui en reste plus d'appréciable. Et, quand on considère la diversité des langues dans certains pays, en Belgiquepar exemple, en Autriche-Hongrie, en Allemagne même, on apprécie un pareil instrument d'unité qui entraîne forcément avec soi les mêmes conceptions, les mêmes

manières de penser, qui crée la plus intime parenté d'esprit et de cœur.

Et en cette langue, Rome enseigna aux Gallo-Roraains Tordre, . la discipline politique, le respect d'une autorité centrale, la notion de l'Etat, son droit si remarquable, son code qui resta le code d'une grande partie de la France sous la forme du droit écrit, pour renaître avec Napoléon, et s'imposer par lui à tout le pays et à une grande partie de l'Europe : la plus remarquable organisation sociale que l'histoire ait connue avant l'époque contemporaine.

Dans le temps où la Germanie et presque tout le continent étaient encore en pleine barbarie, la Gaule avait déjà son unité ; elle avait déjà reçu de Rome les institutions qui devaient être le cadre de toute la formation historique de la nation française.

Puis, du cinquième au dixième siècle, le grand désordre des invasions amena des peuples nouveaux et sans culture au contact de l'ordre romain qui en fut singulièrement bouleversé, qui en fut ruiné dans ses monuments, dès lors réduits presque à l'état de souvenir.

La race en fut modifiée sans doute; les familles germaniques furent naturellement plus nombreuses au nord-est, du Rhin à la Loire. Mais la pénétration et la fusion furent rapides; on ne distingua pas longtemps — pendant quelques générations à peine — les Gallo-Romains et les Francs.

Ils furent fondus par l'unité de langue. La langue latine s'était imposée aux Gallo-Romains par son

aptitude supérieure à l'expression des faits et des idées les plus complexes. La langue romane, moins délicate assurément, l'emporta cependant pour des raisons analogues sur les dialectes germaniques; ils y apportèrent d'ailleurs quelques modifications légères, et la langue populaire qui en résulta commença d'être parlée dans presque tout le domaine de l'ancienne Gaule.

Mais la fusion des races diverses fut achevée surtout, et radicalement, et dès les premières invasions, par l'enseignement du christianisme. La Gaule avait été convertie dès le deuxième et le troisième siècle par d'admirables apôtres, comme saint Denis, saint Hilaire, saint Martin; ils avaient propagé la foi dans la plus grande partie du pays par le seul moyen de la douceur, par la prédication évangéiique, par l'exemple de leur charité. Leur doctrine s'était accordée avec le mysticisme naturel aux Gaulois, avec leur croyance traditionnelle en l'immortalité de l'âme, cultivée et épurée par ledruidisme. Aussi la conquête de la Gaule par le christianisme fut-elle aussitôt parfaite.

Celle des Francs ne fut pas moins facile, et dès l'abord la religion assura entre les Germains et les Gallo-Romains une unité plus absolue que celle qui pouvait venir même de Tordre romain, l'unité morale, l'unité des consciences.

Lorsque Clovis reçut le baptême, avec ses guerriers, des mains de l'évêque saint Rémi, il entra immédiatement dans la famille gallo-romaine* Les

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