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L EGLISE ET LES FRANCS 4S

évêques avaient défendu la Gaule contre les Huns païens, qui avaient été refoulés vers TEurope orientale. Ils ouvrirent les portes des villes aux Francs convertis ; ils multiplièrent les miracles sur le chemin de Clovis; ils renversèrent les royaumes des Wisigoths et des Burgondes, parce qu'ils étaient hérétiques ; ils introduisirent les Francs dans la société civilisée, et par là ils apportèrent une contribution essentielle à la formation de la nation.

Ils furent assidus et écoutés dans les conseils des rois francs. Ils travaillèrent avec eux à la conversion et à la conquête de la Germanie au delà du Rhin, avec des missions de moines d'abord, puis avec des armées. Ils furent intimement mêlés à l'administration de l'Empire de Charlemagne; ils ménasrèrent l'alliance entre la dvnastie nouvelle et Rome et fondèrent ainsi une tradition qui n'a pas épuisé ses effets jusqu'aux temps où nous sommes.

Ils adoucirent autant qu'ils purent les mœurs de ces rois grossiers, corrigèrent déjà leur enfantine cruauté par la crainte de l'excommunication, firent de toute église un asile sacré. Ils commencèrent de mettre de l'ordre dans la barbarie, et, sur les ruines des monuments gallo-romains, ils préparèrent la construction d'un autre régime.

Ainsi ils avaient fait de la royauté franque^ comme plus tard ils devaient faire de la royauté capétienne ou française, des agents d'ordre public et de justice. L'œuvre devait être lente et pénible; à travers les siècles, l'Église y fut longtemps prépondérante, et

c'est ainsi qu'elle donna au moyen âge français ses caractères essentiels.

Les seigneurs féodaux étaient rudes et violents ; il y en avait parmi eux de généreux, mais ils avaient tous des passions fortes, et la guerre privée n'entretenait point la douceur des mœurs. L'Église en souffrait dans ses biens, aussi dans son sentiment de la justice, dans son amour de la paix. Elle apaisa de son mieux les guerres locales si terribles pour les pauvres gens. A défaut de la paix de Dieu — il fallut attendre la paix du Roi, lente à venir, — elle institua la trêve de Dieu, qui est restée la manifestation la plus populaire, mais qui ne fut qu'un des traits de cette constante intervention de l'Église dans les désordres de ce temps.

Car elle exerça toujours une grande influence sur les seigneurs; on ne peut pas séparer alors la noblesse du clergé; les farouches guerriers du dixième siècle ne furent souvent retenus dans leurs excès d'orgueil ou de cruauté que par la crainte de Dieu et de l'enfer.

Il fut possible ainsi de discipliner ces forces. L'Église fut même assez puissante pour les pousser en Terre Sainte. Le contact de Flslam arabe plus délicat acheva de dégrossir les croisés d'Occident. La chevalerie en prit toutes ses qualités exquises; mais elle resta surtout religieuse; c'est par là qu'elle retourna la brutalité première des seigneurs en pitié et dévouement pour les opprimés : un chef-d'œuvre d'éducation et de relèvement moral.

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