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L EGLISE AU MOYEN AGE

Il y eut encore bien des misères, bien des attentais contre le droit, il s'en rencontre même de nos jours. Les classes populaires eurent besoin de beaucoup de patience. L'Église y pourvut autant qu'elle put. Elle supprima l'esclavage; Tesclave n'était dans l'antiquité que comme une partie du bétail, et Caton le vendait, quand il était usé, comme la vieille ferraille. Elle rapprocha définitivement le serf du maître; elle l'introduisit dans sa famille en l'introduisant dans sa foi.

Il accepta les épreuves de la vie terrestre dans la certitude d'une éternité de justice où il serait assis dans la lumière à la droite de Dieu.

Et ce ne fut donc pas chez lui une résignation sombre, renfrognée, sournoise, pleine du désir de la vengeance, prête aux féroces rébellions, — cela ne viendra que plus tard. — Pour l'instant ce fut une adhésion cordiale, touchante, profondément reconnaissante, aux enseignements et à la tutelle de l'Église, une harmonie réelle et consentie, sous la médiation des prêtres, entre les forts et les faibles, dans la foi qui est la consolation des âmes tendres et les berce doucement dans la vision d'une participation universelle à la bonté divine.

L'Église fît presque oublier les misères du moyen âge dans la fête de la foi : bienfait inappréciable. Elle couvrit la France, selon l'expression de Michelet, de « la robe blanche des cathédrales ».

Après les riches constructions de l'époque galloromaine, dont les invasions barbares n'ont laissé

que des ruines, un second dépôt de monuments historiques s'étendit sur la France, singulièrement plus expressif et plus national que le premier. Les églises romanes, plus profondément religieuses, sont encore sombres et basses, témoins d'une société accablée. Mais les cathédrales gothiques sont pleines d'espérances joyeuses ; les guerres privées finies, l'ordre rétabli par l'autorité de Philippe-Auguste et la justice de saint Louis, la prospérité revenue dans la sécurité du travail, les églises du treizième siècle, construites par le peuple lui-même, par les confréries des francs-maçons sous la direction des évêques et des abbés, par le concours de toutes les classes, toutes vivantes de floraisons françaises, de scènes populaires, cadres en effet de toutes les fêtes comme de toutes les émotions de la France d'alors, jettent vers le ciel leurs nefs gigantesques, leurs tours et leurs clochers, prières de pierre, leurs portails riches comme des paradis,^ leurs vitraux resplendissants de soleils dans la gloire des élus de Dieu : un des grands moments de notre histoire; toutes traces n'en sont pas effacées.

L'Eglise en effet n'a jamais cessé de jouer un rôle considérable en France, et la société et la mentalité françaises en sont demeurées profondément marquées. Elle se tint toujours près des rois : l'archevêque de Reims donna l'investiture royale à Hugues Gapet, consacra la royauté capétienne comme autrefois la royauté mérovingienne. L'abbé de Saint- Denis fut le conseiller le plus écouté de Louis VI

et de Louis VÏI; lorsque Louis VI eut à repousser l'invàsion des Allemands venus jusqu'en Champagne, il alla chercher l'oriflamme de Saint-Denis et la fit porter au front de la bataille ; longtemps les armées royales eurent pour cri de guerre : « Montjoie Saint- Denis ! » L'Église canonisa saint Louis, qui le méritait.

Elle en vint même à s'attacher plus à la royauté qu'à la papauté; il est vrai que ce fut au temps de la captivité d'Avignon et du Grand Schisme. La Pragmatique Sanction de Bourges, en organisant les élections canoniques, lui donna alors une sorte d'indépendance. Elle fut toute royale lorsque le concordat de Bologne eut attribué au roi la nomination aux bénéfices ecclésiastiques. Cela n'alla pas sans quelques abus.

Le clergé n'en fut que plus étroitement fixé au sol national; l'administration de ses intérêts temporels, la part directe qu'il prit au gouvernement de l'Etat, lui assurèrent une réelle autonomie dans l'ensemble du monde catholique; il en rédigea même une constitution dans la déclaration des quatre articles de 1682. L'Église gallicane fut dans toute la force de l'expression une Église nationale; elle le resta, presque oublieuse de ses devoirs envers le Saint-Siège, jusqu'à la Révolution qui la déracina en la persécutant et la rattacha à la papauté. Le Concordat de 1801 renoua les liens de l'Église de France avec Rome; le gallicanisme végéta encore un moment jusqu'au concile du Vatican, et l'Église de France

devint tout entière ultramontaine, romaine, comme les Jésuites l'avaient voulu dès le dix-septième siècle.

D'ailleurs les Jésuites eux-mêmes avaient servi la cause de la France de manières diverses. C'est en France qu'Ignace de Loyola avait fondé la compagnie de Jésus, dans la crypte de l'église Saint- Pierre de Montmartre; ils avaient essayé ensuite d'imposer à la France l'observance des canons du concile de Trente. Ils n'y étaient pas parvenus, et aux États généraux de i6i4, comme dans les assemblées même du clergé, l'Église gallicane avait gardé ses droits, jusqu'à la fin de l'ancien régime.

Néanmoins même alors les Jésuites ont employé souvent leur activité dans l'intérêt de la France, considérée comme la fille aînée de l'Eglise. Ils contribuèrent à sa grandeur coloniale, instrument de l'expansion de la doctrine catholique. En Chine, sous le règne de Louis XIV, ils eurent un moment de grand succès; leurs prédications, très libérales et conciliantes, leur assurèrent de nombreuses conversions; ils eurent une grande réputation de savants; ils fondèrent des églises et aussi des établissements scientifiques très remarquables. L'avenir habilement préparé fut compromis par la querelle des rites que leur firent les Franciscains, leurs rivaux. La propagande fut arrêtée, mais il en est resté des souvenirs intéressants, et la France a gardé en Extrême-Orient quelques-uns des privilèges du protectorat catholique.

Au Canada il y eut aussi au dix-septième siècle

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