L EGLISE AU GOUVERNEMENT
toute une croisade conduite par les Jésuites ; on les rencontre dans l'exploration des terres vierges, par exemple le Père Marquette remontant le Saint-Laurent et les Grands Lacs à la recherche des sources du Mississipi. Surtout ils ont donné au Canada les caractères profondément catholiques qu'il a gardés et qui fortifient son originalité et sa fidélité si émouvante à la langue et à la culture de la mère patrie.
En France même, il arriva souvent que le royaume fut gouverné, et fort sagement, et utilement, par des hommes d'Église. Pendant presque toute l'histoire de la royauté, il fut fait un emploi fréquent de leurs qualités de distinction, de tact, de souplesse, et parfois d'énergie.
Il y a parmi eux toute une galerie de diplomates, même à ne s'en tenir qu'aux principaux : le cardinal du Bellay, envoyé par François I" en Allemagne pour y fonder avec les princes protestants une alliance qui devait être près de trois fois séculaire et profitable aux libertés germaniques; puis, après le cardinal de Lorraine ou le cardinal de Bourbon, si étroitement mêlés aux grands débats religieux du seizième siècle, l'évêque de Luçon, l'illustre cardinal de Richelieu, dont ce ne serait pas exagérer que de dire qu'il donna à la politique intérieure et extérieure des Bourbons tous les caractères essentiels qu'elle devait désormais garder. Et ce n'est pas un hasard que la puissante conception de l'État monarchique ait été personnifiée au moment décisif par un cardinal de l'Église romaine : l'Église avait
Driault, Unité. 4
gardé à travers les siècles depuis les invasions du moyen âge le dépôt de l'autorité issue de Rome ; elle avait toujours aidé les rois à la restaurer, à l'employer à la création de l'ordre politique et social. II convenait que jusqu'au dernier moment elle y contribuât directement.
A la même tradition il faudrait associer le nom de Mazarin, quoique ce cardinal ait été à peine un prêtre; il apporta aussi, par la souplesse d'une intelligence fertile en combinaisons, une contribution importante à l'achèvement de l'œuvre monarchique, contre un autre prêtre, le cardinal de Retz : tant il est vrai que l'Église fut alors intimement mêlée à toutes les grandes phases de l'évolution politique de la France.
Et puis encore, sans parler des prêtres et des confesseurs, précepteurs d'enfants royaux et prédicateurs qui ont imprimé au règne de Louis XIV son propre caractère, le ramenant à l'intolérance sous prétexte d'unité religieuse, l'aidant à fonder la monarchie de droit divin, apogée des conceptions politiques de l'Église catholique, combien de prélats servaient le roi dans toutes les parties du gouvernement ! Le cardinal d'Estrées, l'abbé de Pomponne, à qui Louis XIV confiait les missions les plus délicates de ses relations avec les princes allemands et italiens; le cardinal Fleury, précepteur et premier ministre de Louis XV, dont l'administration fut si modérée qu'on l'accusait volontiers de faiblesse sénile lorsqu'on ignorait les ressources très variées i