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LE CLBRGE PREMIER ORDRE DE LA NATION

de sa politique extérieure ; et encore le cardinal de Bernis dont la grande ambassade à Rome a laissé les souvenirs les plus profonds, et dont la hardiesse diplomatique a bouleversé si soudainement le système des alliances au milieu du dix-huitième siècle.

Il est vrai que ces occupations temporelles détournèrent souvent les prêtres français des soins de la vie éternelle ou même des devoirs les plus essentiels de la religion. On les vit beaucoup alors, cardinaux ou petits abbés, aux cérémonies de la cour, et, ce qui est pire, dans les salons galants et impies de la bourgeoisie, faisant parfois profession d'irréligion ou de philosophie plus ou moins déiste bien plus que d'austérité.

Quoi qu'il en soit, par son influence morale, par les services rendus dans l'organisation de l'instruction et de la charité publique — presque toutes les écoles et tous les hospices étant sous son administration, — par la part qu'elle prenait même au gouvernement de l'État, l'Église était avant 1789 le premier ordre de la nation. Elle Tétait encore, et davantage même, par sa puissance économique ; elle avait constitué à travers les siècles une fortune considérable, elle possédait la plus grande partie du sol; les deux tiers de la terre de France étaient labourés par « charrues d'église », et par les dîmes et autres droits elle percevait environ les trois quarts du revenu foncier.

Cette grande richesse, employée pour sa part

principale aux services généraux d'utilité nationale, ne se trouvait pas, quant au reste, équitablement répartie, et elle entraînait après elle, chez les gros bénéficiaires, des tentations auxquelles il leur arrivait de succomber; la conduite de certains prélats, comme le cardinal de Rohan, archevêque de Strasbourg, fut un objet de scandale. Mais il ne faut pas juger d'une institution comme TÉghsc sur quelques individus. Il y avait de grandes vertus et de rares mérites dans le clergé, et particulièrement dans le bas clergé. Le type du curé de campagne, du desservant de paroisse, réduit à la portion congrue et d'autant plus vénéré, a trouvé grâce devant Voltaire. Il y avait, chez la plupart de ces prêtres du dix-huitième siècle, de la pitié pour les misères et les injustices sociales dont ils étaient témoins, dont parfois ils pâtissaient eux-mêmes, de la largeur d'esprit, une instruction véritable, des sympathies pour les idées nouvelles. Ce sont eux le plus souvent qui ont rédigé les cahiers de doléances de leurs paroissiens.

Ainsi la Révolution a été servie par l'Eglise, même par les Jésuites. Qu'on ne s'effraye pas du paradoxe. L'enseignement que nous appelons secondaire, celui qui forme les classes dirigeantes, ou les individus dirigeants, était presque entièrement aux mains des Jésuites, et ce n'est pas la suppression de l'ordre, si récente, qui avait pu modifier sérieusement cette éducation générale de la nation ; d'ailleurs dans les années qui précédèrent immédiatement la Révolu-

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