L EGLISE ET LA REVOLUTION
lion, il n'y eut rien de changé au système général de renseignement.
Or l'enseignement des Jésuites était très libéral, dans le plus beau sens du mot, car il était fondé sur le culte fervent de l'antiquité, et les lettres classiques ont une telle vertu d'éducation libérale, que, si elles étaient supprimées ou seulement compromises en France, nul doute que la liberté véritable n'y perdît ses sources et ses garanties les plus certaines. La conception des Jésuites était à cet égard plus large que celle des Jansénistes, qui avaient d'autre part la plus haute tenue morale.
En tout cas, les Jésuites ont été les maîtres de Voltaire et des autres philosophes qui ont formé les générations de la Révolution. Nous ne pouvons peut-être pas dire que la Révolution a été directement préparée par eux comme par les philosophes; mais nous pouvons dire qu'ils ont donné aux jeunes gens de ce temps la forte culture gréco-latine, et que cette marque classique, qui caractérise la fin du dix-huitième siècle, se retrouve à travers toute la Révolution, dans le langage et la mentalité d'un Mirabeau, d'un Robespierre, d'un Ronaparte, et de tous leurs contemporains, jusqu'à la restauration de l'empire romain par Napoléon.
Aussi bien n'y eut-il pas d'abord contradiction entre l'enseignement de la Révolution et celui de l'Eglise, l'un et l'autre égalitaires. Il est vrai qu'ensuite l'Église rompit avec la Révolution et que le schisme né en 1790 est demeuré depuis profond,-
peut-être irréparable. L'Église fat dès lors presque généralement écartée du gouvernement de l'État, renfermée plus rigoureusement, comme aux premiers siècles de Tère chrétienne, dans le gouvernement des consciences.
La perte de ses biens, en détruisant sa puissance économique, contribua, plus que toute autre mesure, à réduire son influence politique, que le Concordat même n'a pas grandie et que la Séparation n'a pas diminuée.
Cependant quelles que soient les interprétations de sa fonction publique, elle a gardé une autorité considérable sur une grande partie de la nation ; elle n'a pas cessé de présider à l'éducation religieuse de presque tous les Français; elle a failli prendre avec Lamennais la direction du mouvement démocratique, et, par la récente encyclique Reriim novarum, elle a pris position nettement en faveur de la justice sociale, contre l'exploitation de l'homme par rhomme : n'est-ce pas elle qui a supprimé l'esclavage antique?
Elle peut donc jouer un rôle de premier ordre dans l'évolution morale et sociale de la France contemporaine. Elle est, selon la parole de Jésus, un agent de concorde et de paix entre les hommes de bonne volonté. Là fut pendant des siècles, notamment au moyen âge, la grandeur et la souveraine beauté de son enseignement et de son action.
Elle peut donc et elle doit dire les paroles de paix entre les partis, puisque son royaume n'est pas de