LA CONTRIBUTION DE LA. NOBLESSE
ce monde. Elle peut et doit dire les paroles de concorde entre les classes sociales, puisqu'elle a émancipé jadis les classes inférieures, qu'elle leur a donné une conscience, inexprimable bienfait, qu'elle a mis les serfs à côté des maîtres dans le sanctuaire et à îa droite de Dieu.
Toute pleine de sérénité et de bonté parmi les agitations de la pitoyable humanité, elle apaisera les haines, elle fera taire les injures, elle étendra sur les discordes le geste de la douceur et de la fraternité. Et, puisqu'elle représente presque absolument l'unité religieuse de la France, elle en assurera l'unité morale et sociale, et par là elle apportera à sa grandeur une contribution décisive.
La noblesse.
Avant la formation de la grande patrie, il y avait sur tout le territoire une mosaïque de petites patries. La France s'y prête par la variété de ses aspects et de ses ressources.
Le mot pays a toujours eu chez nous un sens très expressif. Qu'il s'agisse de Ferrières en Gâtinais ou de Toury en Beauce, ou de Fleury en Val de Loire, ou de Saint-Quentin en Vermandois, il semble qu'un pays puisse être défini, dans le cadre de l'horizon visible, le groupement des intérêts immédiatement communs et des relations de tous les jours.
Cet horizon tout proche, tout étroit et intime, est ce qui caractérise le moyen âge. Le roi était loin,
sans autorité, inconnu, ignoré ; les gens n'avaient aucune conception des intérêts généraux. Cette conception, même aujourd'hui, est-elle toujours bien nette? En somme, comment s'écoule presque entièrement la vie delà plupart de nos paysans? Ils cultivent leur terre pour le paiement du fermage ; ils portent de semaine en semaine au marché voisin leurs pommes de terre, leur blé, leur beurre ou leurs volailles ; de loin en loin ils vont, en longues files de charrettes sur les routes, à la foire du chef-lieu pour y vendre un veau, pour y acheter la vache nécessaire à la consommation des produits du champ. Il est vrai que par les chemins de fer aujourd'hui ils connaissent la capitale, et par leurs députés et par les impôts, ils prennent part au gouvernement et aux charges de l'État.
Mais au moyen âge il n'y avait pas d'autre vie que celle-là : toutes occupations étaient ramassées en vue du clocher de la paroisse, autour du monastère, au pied des murailles du château.
On se connaissait bien, personnellement, sur ce petit domaine; même en se querellant ou se déchirant, on parlait le même patois avec le même accent; on portait le même costume; on avait les mêmes manières de penser et de sentir; on éprouvait de l'un à l'autre cette communauté inconsciente et profonde qui établit aussitôt le contact étroit : quelque chose comme ce qui rapproche naturellement, instinctivement, des compatriotes se rencontrant à l'étranger.