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LA VIE AUTOUR DU CHATEAU

payé les frais de construction. — Le seigneur installait un four, un moulin, un pressoir, et les mettait à la disposition de sa petite communauté ; il percevait à cette occasion des redevances dites banalités, et c'était justice. L'État moderne lève aussi des contributions pour tous les travaux d'utilité publique.

Toute cette vie rurale était régie par le seigneur; elle ne pouvait l'être que par lui. Il ouvrait la moisson ; il annonçait le ban de vendange : nous avons vu fonctionner un système analogue dans notre jeunesse. Il instituait foires et marchés. On dit que souvent les seigneurs étaient à l'affût, au coin des bois, sur le chemin, pour dépouiller ou rançonner les marchands ; plus souvent ils les attiraient chez eux par des faveurs, par des privilèges et franchises; car ils se rendirent vite compte que l'activité et la facilité des échanges ne pouvaient que leur profiter.

Il s'en trouva, dans le Nord surtout, pour s'opposer violemment au mouvement communal ; il s'en trouA^a davantage, notamment dans le Midi, pour l'encourager et y chercher pour eux-mêmes bonne renommée et ceinture dorée.

Ainsi se constituaient, sous la tutelle des nobles, les morceaux de France où s'élaborait la France. Il est resté aussi des monuments de cette époque; mais ce sont des ruines, symboles de la déchéance d'une classe sociale qui rendit pourtant de grands services au pays. Elles sont l'un des traits familiers de nos paysages français : quel est celui qui ne puisse montrer, au bord du bois, au flanc du coteau, quelque

reste d'un vieux château poétiquement envahi de lierre? Dans la piété que nous gardons à ces reliques, vieilles tours ou vieilles chapelles, il y a le culte que l'on doit aux pauvres débuts d'une éclatante fortune^ aux épreuves où s'est formée la patrie ; il y a le sou" venir des ancêtres qui ont vécu à Tombre de ces vieilles pierres, qui n'ont pas été aussi heureux que nous, car ces temps étaient durs.

Pourtant il y avait des joies aussi entre ces murailles. Il y avait fête dans la cour du château, ou sur la place en avant du pont-levis, lorsque le jeune chevalier, ayant chaussé les éperons, caracolait aux yeux de la foule ravie ; fête aussi dans la grande salle en hiver, ou dans la cour intérieure, lorsque les trouvères et les jongleurs passaient et faisaient jouer leurs marmottes et leurs singes : jeux enfantins qui plaisaient aux seigneurs et aux nobles dames autant qu'aux pauvres gens ; car tous, petits et grands, étaient également naïfs et de goûts simples ; fête de la rentrée des grains, des vendanges; fêtes des champs où les seigneurs prenaient part en toute bonhomie. Que s'il y en avait parmi eux de violents, il y en avait de généreux et peut-être davantage : car les peuples heureux n'ont pas d'histoire, et l'histoire est vouée surtout à raconter les catastrophes, les drames pittoresques qui sont les plus soigneusement notés par les contemporains parce qu'ils sont les plus rares. L'histoire ne raconte pas les temps où il n'y a rien, et ce sont les meilleurs : et c'est la grande difficulté de l'essai que nous tentons ici.

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