‹ L'unité françaiseChapitre 41 sur 178 · LES « GESTES » DE LA CROISADE · texte numérisé non relu

LES « GESTES » DE LA CROISADE

droite et si pitoyable, qui périt toute sur le chemin, bien qu'elle fût conduite par Pierre TErmite qui s'en tira; mais la glorieuse et pittoresque Croisade des seigneurs : les Grecs ont aux origines de leur histoire, perdue dans une floraison de légendes, l'épopée de V Iliade et de V Odyssée; nous avons cela dans l'histoire vraie de la Croisade, et l'histoire la plus certaine y garde par l'éloignement un air de légende qui l'enveloppe à travers les siècles d'une jolie couleur poétique.

Il y a grand charme à en suivre par l'imagination les scènes richement enluminées : le Concile de Clermont : Dieu le veult I et la croix de drap fixée sur la poitrine; les grands chefs, Robert Courte- Heuse, Godefroi de Bouillon, Raymond de Toulouse, Bohémond de Tarente, Tancrède de Hauteville; le séjour à Constantinople parmi les intrigues des Grecs, dans le pays de la légende d'Ulysse et de Polyphème, d'Achille et d'Agamemnon ; la traversée du désert d'Anatolie, comme on le peut lire dans l'histoire de Quinte-Curce et dans le cycle d'Alexandre le Grand; le siège d'Antioche, les rêves et les malheurs du prêtre Barthélémy de Marseille; la prise de Jérusalem, dans le sang abondamment versé des Infidèles.

Les gestes héroïques de la Croisade se continuèrent pendant deux siècles: le royaume de Jérusalem, si français pourtant, reconquis par les Musulmans ; LouisVII et Aliénor devant Damas ;Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion devant Saint-Jean-d'Acre;

Driault, Unité, 5

e6 FORMATION DE LA NATION

les aimables propos de saint Louis et de Joinville, la vaillance du bon roi dans la bataille à la Mansourah, sa grandeur d'âme dans la prison, l'admiration qu'il inspire à ses vainqueurs qui veulent le faire sultan.

Et encore la conquête de Constantinople et les fabuleuses merveilles de la grande cité; comme au tableau de Delacroix, les lourds chevaux des Croisés parmi les splendeurs du luxe oriental : car il y avait une grande part d'avidité dans ces expéditions chrétiennes, comme dans celles qui de nos jours arrivent aux portes de la grande capitale turque ; — ces pays admirables ont de tout temps excité les convoitises,, et l'histoire se recommence souvent. L'Empire latin dura peu, à peine le temps d'en partager le butin; mais, retournés dans leurs pays barbares, les chevaliers de l'Occident y rapportèrent l'éblouissement des magnificences de la nature et de l'art oriental, le goût du bien-être, une sorte de culture selon les leçons des Arabes et des Grecs; une provision de récits héroïques, si bien que toute bonne noblesse y fut dès lors attachée ; ils laissèrent en Orient des traditions solides, qui confèrent en quelque manière à la grande nation franque des droits historiques toujours valables, et qui comportent aussi pour elle l'obligation de rester fidèle au rôle glorieux des ancêtres.

Puis, quand la noblesse eut cessé de s'épuiser dans la guerre de Cent Ans si meurtrière, et dans la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons, où des flots de sang noble furent répandus, elle retourna à ses exploits lointains.

Page 1