LA VALEUR MILITAIRE DE LA NOBLESSE
la France est remplie, Philippe-Auguste et Guillaume des Barres à Bouvines, saint Louis à Taillebourg, Jean l'Aveugle à Crécy, Jean le Bon et son fils à Poitiers, Plelo à Dantzig, le chevalier d'Assas à Clostercamp.
La résolution ferme et calme du dévouement entier à la patrie est devenue pour la noblesse une tradition nationale; les traits qu'elle en a multipliés sur les champs de bataille de l'Europe ont fait dans le même sens l'éducation des autres classes sociales, ont entretenu la fleur de Tesprit militaire chez tous les Français, chez les plus humbles soldats, ceux d'autrefois, ceux de la Révolution et de TEmpire, ceux de nos guerres coloniales, chez les héros de l'aviation qui, s'ils ne sont pas tous nobles par le sang, le sont par le plus beau courage, c'est-à-dire par ce qui importe le plus : — tout cela avec quelque panache, celui de Cyrano, et aussi avec une délicatesse exquise, un raffinement de courtoisie, une élégance suprême, celle de nos héros de la « guerre en dentelles », des gentilshommes de la maison du Roi à la charge de Steinkerque,des gardesfrançaises à la bataille de Fontenoy.
Cette marque du caractère national a commencé de paraître au fond du moyen âge, dans ces guerres privées par ailleurs si tristes et si meurtrières. Elles mettaient les hommes face à face, en combats singuliers, en présence de la mort affrontée sans émoi. Il y avait des traîtres, des menteurs à la foi jurée, des Ganelons : l'horreur qu'ils inspiraient a traversé
les siècles. Cependant le trésor des vertus chevaleresques se constituait dans les chansons de gestes, — combien ce mot gestes est français ! — dans la Chanson de Roland, la première, dans les Quatre Fils Ai/mon, Garin le Lorrain, Huon de Bordeaux, Tristan et Vseult, dans mille autres récits qui passaient à travers les châteaux, que l'on redisait et ampHfiait de l'une à l'autre génération, et qui formaient la race.
Les faits sont légendaires; mais il faut s'entendre sur le mot légende. Une légende n'est pas un mensonge, tout au plus une exagération, une invention d'épisodes. On définira la légende un fait historique qui a été isolé, grossi, grandi, embelli. Mais il y a un fait, sous la légende; il y a un fait historique, le désastre de Roncevaux, dans la Chanson de Roland. Et les faits fussent-ils entièrement légendaires, les sentiments dont ils sont l'illustration ne le sont pas, ils sont exprimés par les poètes parce qu'ils sont éprouvés par leurs contemporains, et par là les chansons de gestes sont des pages d'histoire ; on y saisit autant que dans les batailles réelles l'image vraie de la nation.
On retrouve ces caractères dans les tournois du temps des Valois, dans les batailles aussi, qui ne sont souvent alors que des tournois : Jean le Bon, le bon chevalier, à la bataille de Poitiers, ayant enveloppé complètement les Anglais, refuse de les réduire par la famine ; il fait raccourcir les lances de ses chevaliers parce qu'elles étaient plus longues