‹ L'unité françaiseChapitre 45 sur 178 · LA NOBLESSE REBELLE · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE REBELLE

elle ne voulut pas gouverner pour le compte et sous l'autorité durci; elle refusa d'être un instrument de gouvernement. Il y a peu d'exceptions à cette règle.

Elle servit dans les armées; il lui paraissait qu'ainsi elle ne dérogeait point, que ce n'était pas servir le régime, mais la France : une mentalité qu'elle a gardée.

Mais au dedans elle s'entretint dans l'esprit de rébellion, estimant que les services qu'elle rendait lui donnaient droit à l'indépendance. A travers les siècles, elle ne cessa de désobéir au roi. Elle se leva contre Blanche de Castille à la faveur de la minorité de son fils; contre Charles VII, pendant les dernières opérations de la guerre de Cent Ans; elle forma contre Louis XI la Ligue du Bien public; elle fit à Anne de Beaujeu la guerre Folle : elle profitait en toutes circonstances de l'opposition que faisaient les provinces, anciens fiefs, à l'étabhssement de l'autorité royale.

Elle ne manqua pas l'occasion des guerres de religion; elle démembra alors la France en gouvernements quasi-indépendants, petits royaumes nobiliaires; elle conspira contre Henri IV qui dut envoyer le duc de Biron à Téchafaud. Elle troubla de son mieux la minorité de Marie de Médicis, mais rencontra alors parmi les siens un terrible et décisif adversaire.

Richefieu, de sang noble, ne voulait pas anéantir la noblesse, ni même, comme plus tard Pierre le Grand, la lier au service de la couronne; il ne vou-

lait que la « réduire en l'obéissance commune » ; ce qui d'ailleurs était bien lui enlever une part considérable de ses traditions et de son caractère, achever sa défaite par Tobligation de la soumission.

Il abattit les têtes et les châteaux rebelles, fît plus que ne devait faire la Révolution même pour renverser les forteresses féodales, fit décapiter un Montmorency, filleul d'Henri IV, un Luxembourg, Cinq-Mars, favori du roi.

Il eût voulu pourtant employer la noblesse au bien du royaume; il lui donna le droit d'aller, sans déroger, dans les verreries, ou de se livrer au commerce de mer. Il eût voulu prendre au service de la royauté, garder au service de la France, les remarquables qualités d'une classe sociale éminemment active, forte et généreuse, comme il y employait le haut clergé, le Père Joseph du Tremblay ou l'archevêque de Bordeaux Sourdis. Il n'en eut pas le temps, et nul ne contribua plus que ce grand seigneur-cardinal à éloigner les nobles des affaires publiques.

Ce ne fut pas un jeu d'enfants que la Fronde; ce fut la dernière bataille livrée par la noblesse à l'autorité royale, et elle fut très dramatique, du moins la Fronde des princes. Elle eut un semblant de raison à se lever contre le cardinal Mazarin, un Italien qui gouvernait la France au nom d'une reine régente de sang espagnol : la noblesse française pensait avoir plus de droits à prendre sa part du gouvernement de la France.

Quoi qu'il en soit, il en résulta quatre ans de

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