LA NOBLESSE A LA COUR
guerres civiles, aggravées par la guerre espagnole, par l'invasion; tout le Midi de la France, jusqu'à la Loire, un moment aux mains des seigneurs révoltés; d'extrêmes misères, passages continuels des gens de guerre, pillage des villages et ravage des champs, toutes les scènes de l'époque désastreuse des Grandes Compagnies : l'illustre graveur Jacques Callot en a laissé une impression poignante.
La noblesse fut vaincue. Il apparut, par son chef le grand Condé, qu'elle n'avait pas l'esprit politique : il s'exila en Espagne. Elle ne bouda plus le pouvoir; mais elle demeura écartée des grandes charges au profit de la bourgeoisie, plus docile, plus expérimentée aussi. Saint-Simon, de noblesse toute récente, d'autant plus féru de noblesse, ne le pardonna pas à Louis XIV.
En vérité, on peut regretter que les qualités de la noblesse, son intelligence, son énergie, aient été désormais inutilisées, sauf à peine dans les armées, aient été presque perdues pour la France.
Elle consentit à n'être plus guère que l'ornement de la cour; elle entra dans la domesticité royale; elle s'en disputa les fonctions, ou même seulement les tabourets; elle étonna la ville par son esprit d'humilité : le duc de la Feuillade voulut être enseveli sous la statue du Roi, et, en attendant, il y entretint des cierges allumés.
Il faut la suivre un moment dans le cortège royal, dans les grands appartements du palais de Versailles, au petit lever, au grand lever, au coucher, où l'hon-
neur de tenir le bougeoir, d'être vu par Sa Majesté,, est apprécié et reçu comme une grâce d'en haut : « Le visage du prince fait la félicité du courtisan » ; à la chapelle, où nobles dames et seigneurs sont à genoux devant le Roi au moins autant que devant Dieu : — le duc de Grammont ayant un jour annoncé méchamment que le roi ne viendrait pas à la messe, la chapellefut vidée en un moment, et le roi s'étonna, puis s'amusa fort de n'y trouver personne.
La splendeur et la grandeur de la royauté furent faites de cet hommage universel rendu par les plus grands noms de France, par les plus illustres princes, même de sang royal, fiers de marier leurs enfants aux bâtards du roi. La noblesse était bien asservie ; elle avait reconnu enfin que le régime monarchique était le régime nécessaire; elle avait abdiqué ses prétentions. C'était la soumission des petites Frances féodales à la grande France royale, toutes les forces du passé à la disposition de la royauté, qui se permettait même de les tenir en disponibilité.
En fait, c'était la fin d'un régime politique qui avait eu des siècles d'existence et une incontestable grandeur.
La noblesse eut quelque retour d'influence sous Louis XV. Saint-Simon, Fénelon avaient préparé cette sorte de restauration, ou plutôt cet avènement de la noblesse au gouvernement de la France. Leur conception était des plus intéressantes : des États généraux convoqués régulièrement tous les trois ans, une royauté contrôlée et soutenue par les nobles,