SERVICES MILITAIRES DE LA NOBLESSE
quelque chose comme la Chambre des lords; une idée de nos Chambres des pairs modernes.
Mais le duc de Bourgogne, élève de Fénelon, ne régna pas. Le duc d'Orléans n'avait pas assez de zèle pour changer la constitution de la France. Les conseils de ministères, dont on essaya un moment, ne donnèrent pas de résultats remarquables, produisirent une espèce de gouvernement qui avait de la ressemblance avec la cour du roi Pétaud. Il y fallut renoncer au bout de quelques mois.
Louis XV pourtant n'écarta pas la noblesse aussi obstinément que Louis XIV; il employa le duc de Noailles aux finances, Je duc de Choiseul, le duc d'Aiguillon aux affaires étrangères, d'autres encore «n de moindres fonctions. Mais ce ne furent en somme que des accidents, des exceptions purement individuelles, et plus ou moins heureuses. La noblesse continua de rendre des services essentiels à la guerre et à la marine; sa contribution à la grandeur du pays y fut toujours remarquable, dans la guerre de la succession de Pologne avec Villars et Coigny, dans la guerre de la succession d'Autriche avec Belle-Isle et Maurice de Saxe, dans la guerre de Sept Ans avec Broglie, dans la guerre d'Amérique avec La Fayette et Rochambeau. Elle se réserva même tous les principaux grades par l'obligation des quatre quartiers de noblesse imposée à tous officiers à partir du rang de capitaine. Ainsi encore aujourd'hui, dans beaucoup de pays de l'Europe, le commandement militaire appartient aux nobles.
A la cour, la noblesse s'enrichissait de la faveur royale autant que de sa propre fortune. Si elle avait dû abdiquer ses anciens pouvoirs politiques, des temps anciens où elle avait organisé, gouverné les petites patries de la France, elle avait gardé son privilège nobiliaire; elle ne payait pas d'impôts, par l'habitude qu'elle avait d'en percevoir pour elle; car elle percevait toujours ceux d'autrefois qui répondaient aux services qu'elle avait rendus, à la fonction publique qu'elle avait exercée sur son domaine; dîmes ou banalités, elle les percevait toujours en nature, comme il convenait à ces temps où le système financier était rudimentaire.
En tout cas, ces privilèges d'exemption et de perception particulière ne répondaient plus aux mêmes services, désormais aux mains de la royauté, en prenaient un caractère d'injustice insupportable. Les redevances féodales se justifiaient d'elles-mêmes lorsqu'elles étaient une contribution à l'ordre public, et qu'elles s'exprimaient en services de voirie, de sûreté ou autres; non plus, lorsque ces services correspondaient à des impôts royaux, et que par conséquent elles ne servaient plus qu'à entretenir le luxe d'une représentation à la cour, et la faveur de s'asseoir au jeu coûteux du roi ou de la reine.
C'est la raison pour laquelle la noblesse, après avoir perdu son privilège politique, allait perdre aussi son privilège social, dernier reste de sa puissance d'autrefois.
Il semble que la noblesse ait eu le sentiment de