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LA RETRAITE DE LA NOBLESSE

ne craignit pas de porter Tépée contre la patrie, elle acheva le divorce qui l'en séparait.

Elle fut absente près d'un quart de siècle, un quart de siècle décisif. Elle revint en i8i5 avec les rois; elle eut le gouvernement quinze ans. Elle continua son erreur ; elle préféra la politique de Charles X à celle de Louis XVIII ; elle ne sut pas rétabhr le contact avec les classes laborieuses, ce contact qui avait été sa raison d'être et qui avait fait sa grandeur autrefois; elle ne se servit de ses derniers restes d'autorité que pour essayer de restaurer des privilèges impossibles, comme le droit d'aînesse, des privilèges qu'elle avait elle-même abandonnés, ou pour se faire payer les épreuves de l'émigration par un milliard très impopulaire, perdant le bénéfice moral du grand sacrifice du 4 août.

Encore vaincue en i83o, elle s'en retourna sur ses terres. Débordée, menacée, étouffée dès lors par l'évolution de la petite propriété foncière, par le développement de la grande propriété mobilière, spectatrice indifférente ou malveillante, elle n'entra même pas dans le grand mouvement industriel et commercial du siècle dernier; elle eût craint de déroger; elle resta rurale, comme au moyen âge. Elle y pouvait encore jouer un rôle prépondérant, mais elle se désintéressa presque généralement de la vie politique et économique du pays.

Après avoir organisé et fait vivre les petites Frances d'autrefois, pourquoi n'aurait-elle pas pu travailler à la grandeur de la France nouvelle, de la France en

un mot, sans épithète ? Il ne faut pas vivre que dans le passé; car ce n'est pas vivre.

Il y eut pourtant une espèce de rajeunissement, de reconstitution de la noblesse par le premier Empire. Beaucoup d'émigrés rentrèrent sous le Consulat, se mirent au service de Napoléon, vinrent à la cour des Tuileries, comme autrefois à celle de Versailles, pour lui donner plus d'éclat, représentèrent ainsi une sorte de réconciliation de la nouvelle France avec Tancienne.

Surtout, une nouvelle noblesse naquit de la conquête révolutionnaire et impériale. Elle grandit aussitôt par la volonté du maître et par les services rendus : services civils, à Toccasion de la grande réorganisation administrative, dans les préfectures, au Conseil d'État, — pour l'achèvement de Funité française, non pas pour la conservation des variétés locales; — services militaires, sur tous les champs de bataille de FEurope, à Castiglione, Rivoli, Elchingen, Auerstsedt, Eckmûhl, Essiing, Wagram, la Moskova, pour Texpansion française, aussi glorieuse qu'au temps des Croisades ou des grandes entreprises coloniales.

L'Empereur fonda sur elle tout un régime politique et social. Il lui assura des établissements importants, de vastes domaines dans les pays conquis en Italie, en Allemagne, en Pologne; en Orient, s'il avait pu. Et il ne s'agissait pas seulement de la récompenser magnifiquement. Elle fut fortement constituée en une hiérarchie, qui eut comme un aspect

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