LES « BONNES VILLES
et leurs seigneurs. Les villes eurent leur beffroi, leurs murailles hautes comme des châteaux. Elles furent des seigneuries à leur tour; elles s'enorgueillirent d'avoir leurs armes et leurs milices. Les bourgeois des bonnes villes furent vite d'accord avec la royauté, qui avait besoin aussi de se dégager des prétentions nobiliaires. D'où une alliance fondamentale qui dura autant que la monarchie même, car la monarchie française ne se peut pas concevoir sans la bourgeoisie, et ce fut peut-être sa principale force.
Les représentants des bonnes villes furent appelés aux conseils du royaume dès saint Louis ; ils formèrent le tiers état aux Étals généraux de i3o2. D'autres, les légistes, savants dans le droit romain, siégèrent aux tribunaux du Roi, au Parlement de Paris, d'abord comme assesseurs des pairs, assis devant leurs stalles sur de petits tabourets, puis, les pairs ne venant plus, dans les hautes stalles ellesmêmes : c'était l'avènement de la magistrature française bientôt illustre dans toute l'Europe par sa science, son expérience et sa dignité.
La bourgeoisie se crut bientôt de force à prendre le gouvernement de la France. Les premiers désastres de la guerre de Cent Ans, Grécy, Poitiers, étaient comme une faillite de la royauté et de la noblesse. Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, appuyé sur les États généraux, ou plutôt sur les députés du tiers aux États de i356, essaya d'imposer au dauphin Charles le contrôle régulier des élus de la nation. 11 compromit ce dessein, d'ailleurs
prématuré, par des violences, par son alliance avec la terrible Jacquerie du Beauvaisis. Il périt lui-même assassiné. Après sa mort, et surtout après le règne de Charles V, la France connut plus de cinquante années d'agitation révolutionnaire : une grande crise où la bourgeoisie tenta de s'emparer du pouvoir, par réaction contre les erreurs et les exactions de la noblesse. Une nouvelle force bourgeoise intervint, rUniversité, car la bourgeoisie n'a jamais cessé d'avoir une grande activité intellectuelle, et ce fut un des éléments de sa force; elle se tint toujours au courant de l'évolution des idées pour être à même de la diriger. L'Université de Paris fit de l'Ordonnance Cabochienne un monument d'organisation politique et administrative, plein d'admirables formules.
Mais ce rude effort du quinzième siècle n'aboutit pas encore au règne de la bourgeoisie; dans les désastres delà guerre de Cent Ans, après Azincourt et le traité de Troyes, la France se serra derrière Jeanne la paysanne et derrière le roi.
Puis la royauté cessa de s'appuyer sur les nobles toujours rebelles et exigeants. Les Valois, d'abord des rois chevaliers, Philippe VI, Jean le Bon, furent aussi des rois administrateurs, Charles V, Charles VII, Louis XL La Renaissance produisit de nouvelles et savantes études du droit romain, tout inspiré de l'unité de législation et de l'unité de gouvernement par le souverain. Louis XI, un roi bourgeois, si différent de son adversaire, le Téméraire, aimait à