‹ L'unité françaiseChapitre 53 sur 178 · MICHEL DE L HOPITAL · texte numérisé non relu

MICHEL DE L HOPITAL

fréquenter les familles des marchands : il savait ce qu'il faisait.

Sous François P'', pourtant « le roi gentilhomme », le chancelier Duprat, son ancien précepteur, eut une autorité considérable, fut le véritable maître du gouvernement pendant de longues années, exerça la régence avec Louise de Savoie pendant la captivité du roi.

D'ailleurs on peut suivre dans notre histoire, à partir de ce moment, la lignée des grands bourgeois employés au gouvernement ou mêlés à la vie politique.

Michel de l'Hôpital s'illustra à jamais par ses admirables efforts pour sauver l'unité française engloutie dans les passions religieuses; il laissa aussi des ordonnances, de Moulins ou d'Orléans, qui se rattachent à la tradition des empereurs romains et qui annoncent les grandes ordonnances royales du dix-septième et du dix-huitième siècle.

Les bons bourgeois de la Satire Ménippée, la fleur du bon sens national, Pierre Leroy, Gillot, Pierre Pithou, Rapin, Passerat, ont contribué pour une bonne part à la reconstitution de l'unité nationale, contre les ambitions malsaines et les folies furieuses de la guerre civile.

Au temps de Louis XIV définitivement, la noblesse restant frondeuse et dangereuse, la bourgeoisie fournit à la royauté, après le surintendant Fouquet, des dynasties de ministres : celle de Michel Le Tellier, secrétaire d'État à la Guerre, puis chancelier; de

Louvois, si rude aux officiers négligents, et de Barbézieux; celle de Golbert,fîls d'un marchand de drap à l'enseigne du « Long- Vêtu », fondateur d'un immense empire colonial, où il eût voulu assurer la suprématie maritime de la France, et après lui, de tous les Colbert, de Croissy, de Torcy,de Desmarets; celle des d'Argenson sous Louis XV, aux AfTaires étrangères ou à la Guerre; celle des Lamoignon, ministres ou intendants; Machault d'Arnouville, dont la hardiesse annonçait les réformes de la Constituante.

Les grands salons du dix-huitième siècle, où s'élabora la refonte de tout l'ordre politique et social, furent des salons bourgeois; les philosophes, qui ont préparé tout le mouvement révolutionnairCj sortaient du même milieu, et tous les rois de l'Europe rendaient hommage à leur puissance. Turgot pensa y trouver les éléments d'une véritable « constitution » qui assurerait l'existence normale et harmonieuse du corps social : il ne pouvait pas être compris par Louis XVI.

Par ces noms seulement énumérés, on mesurera le rôle que les bourgeois ont joué dans notre histoire : ils ont été les ministres ordinaires de la royauté bourbonienne; ils ont^dirigé à côté du roi le gouvernement de la France ; ils ont fait la France ce qu'elle est depuis deux cents ou trois cents ans : en vérité, aussi bourgeoise que royale. Là est son unité politique et sociale dans les temps modernes, un des éléments, une des sources de l'unité française.

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