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LE PARLEMENT DE PARIS

Et, tout à côté de ces ministres, sans parler des magistrats provinciaux, baillis, juges aux présidiaux, aux parlements, élite de culture et de tenue dont le souvenir reste vivant encore au fond de nos vieilles cités dont elle ne s'est pas toujours déracinée, il faudrait suivre aussi la galerie de nos grands magistrats.

Le Parlement de Paris, né au temps de saint Louis ou Louis le Juste, avait reçu de Louis XI une sorte de pouvoir de contrôle, avec le droit de remontrances, qui le porta à mettre la main au sceptre du souverain. La prétention n'était pas si exorbitante, le souverain lui ayant maintes fois confié son sceptre, la reine-régente Marie de Médicis lui ayant demandé la consécration de son autorité.

Contre les dilapidations financières de Mazarin, le Parlement de Paris pensa exercer ce droit de contrôle, et donner à la France la garantie d'une constitution. La grande ordonnance d'Etienne Marcel en 1357 et la constitution des vingt-sept articles en 1648, ce sont les lointains fondements du régime parlementaire que la bourgeoisie des marchands ou des magistrats a gardé en gestation pendant des siècles avant de le réaliser. Le Parlement de Paris échoua dans son expérience intéressante, mais sans doute encore prématurée; très patriote avant tout, il ne voulut pas faire le jeu de l'Espagne.

Malgré la sévérité de Louis XIV, il garda son droit de contrôle par l'enregistrement des ordonnances royales. Il cassa le testament du Grand Roi pour

assurer tous les pouvoirs de la Régence à Philippe d'Orléans. Foyer du jansénisme au dix-huitième siècle, il fut pendant tout le règne de Louis XV le centre d'une opposition politique redoutable, par exemple dans l'affaire de la Constitution Unigemiiis, ou dans le procès des Jésuites, ou dans celui du duc d'Aiguillon ; il eut avec les philosophes le gouvernement de l'opinion; il eut une sorte de popularité.

Cette agitation profonde des esprits mena tout droit la France à la Révolution, qui fut, au point de vue politique, la conquête du pouvoir par la bourgeoisie au nom de la nation, comme un droit de l'élite ou du mérite, et non plus comme une faveur de la couronne.

Car il n'y a pas une si profonde cassure dans notre histoire à la date de 1789, il n'y a pas tant de différence entre l'ancien régime et le nouveau : la bourgeoisie avait gouverné par la royauté, elle continua de gouverner avec ou sans la royauté.

La Révolution fut toute bourgeoise. La Constituante proclama la doctrine de l'égalité de tous les citoyens, et, par conséquent, de la souveraineté nationale ; mais elle y apporta de singuliers tempéraments : elle refusa d'instituer le suffrage universel, et exigea des électeurs un cens qui fut d'abord fixé à la contribution du marc d'argent, puis à un revenu foncier de 5 à 600 francs : ce qui réservait les droits politiques à la bourgeoisie.

La Convention fut une assemblée démocratique, élue par le suffrage universel, mais le personnel en

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