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LA BOURGEOISIE AU POUVOIR

fut bourgeois, et elle revint elle-même, en instituant le Directoire, au système du cens électoral. L'avènement de Bonaparte fut une défaite de la bourgeoisie : ce fut la monarchie démocratique fondée sur le plébiscite. Mais le Consulat et l'Empire réorganisèrent el gouvernèrent la France avec le concours de quelques grands bourgeois qui s'étaient, pour quelques-uns du moins, rencontrés dans la magistrature royale ou dans les assemblées révolutionnaires, les Cambacérès et les Lebrun, les MoUien et les Chaptal, les Portails et les Fontanes.

Par-dessus le court gouvernement des ultras sous Charles X, la bourgeoisie reconquit le pouvoir sur les barricades de i83o. Thiers réussit à enlever au parti républicain le profit de la Révolution victorieuse : il installa la bourgeoisie sur le trône sous le' nom de Louis-Philippe ; même, avec Guizot, la bourgeoisie fut une classe privilégiée, et, ce qui était plus grave, une sorte de classe fermée, de noblesse ploutocratique, par le refus d'admettre aucune modification au cens électoral établi aux origines de la monarchie de Juillet. La seconde République, issue du suffrage universel, n'en fut pas moins bourgeoise ; elle traita les ouvriers, aux journées de juin 1848, avec plus de rigueur même que Louis-Philippe; elle revint à un système de suffrage censitaire; elle appela l'Église au secours de ses privilèges. Après le coup d'État de décembre i85i, après la Révolution du 4 septembre 1870, le personnel politique du second Empire ou de la troisième République, jus-

qu'à aujourd'hui même, n'a pas cessé d'être bourgeois.

Celte élite d'expérience et de valeur intellectuelle a d'ailleurs été renforcée par Tactivilé économique de l'époque contemporaine; à côté de la bourgeoisie des magistrats ou du droit, de la médecine ou de l'Université, a grandi la bourgeoisie industrielle, commerciale, financière; c'est la bourgeoisie qui a mené le grand mouvement des affaires où la France ne cesse de se trausformer.

Ainsi elle est devenue l'aristocratie dans le plus beau sens du mot, aristocratie du travail, de la fortune et des talents. Mais le mot de bourgeoisie luimême est encore plus beau, et il a un sens de plus, si l'on se reporte à ses origines dans les bourgs laborieux et indépendants du moyen âge, où marchands et échevins faisaient, dans un cadre étroit, mais avec une admirable énergie et dans de redoutables épreuves, l'apprentissage du gouvernement de la cité. Partant de là, il n'est pas étonnant que cette élite l'ait emporté, dans la conduite des destinées de la France, depuis qu'il y a lieu, non seulement de conquérir, mais d'organiser.

Mais comment dire toute la place tenue dans cette histoire par les classes inférieures, par le peuple ouvrier et paysan? Si la noblesse a fait la France, si la bourgeoisie l'a gouvernée et administrée depuis quelque deux cents ans, lui, il est la France, il est

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