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LA CLASSE OUVRIERE

la substance de la patrie, l'élément essentiel de sa grandeur.

Il y a longtemps que le peuple de France est sorti de la servitude où se sont attardés bien après lui les peuples de la plupart des autres nations. Le peuple des villes fut émancipé par le mouvement communal ; il se groupa en corporations de métiers ; il put ainsi défendre ses intérêts à travers les siècles : Colbert acheva de fonder la constitution des métiers sur le monopole.

La cellule élémentaire du petit monde des ouvriers dans l'ancien régime fut l'atelier, une sorte d'atelier familial : le maître, quelques valets et apprentis, occupés au même travail, assis ensuite à la même table, avec les mêmes soucis, les mêmes joies, la même mentalité, associés aux mêmes fêtes religieuses en riionneur du même saint patron.

Les salaires étaient infimes assurément ; quatre francs par mois au dix-septième siècle pour un bon ouvrier dans la corporation des tailleurs, par exemple. Mais la vie commune couvrait à peu près tous les frais ; l'apprenti devenait valet, le valet ou ouvrier espérait devenir patron, épousait souvent la tille de la maison. Du haut en bas de la hiérarchie corporative, une harmonie naturelle était établie.

Il y avait bien de loin en loin des difficultés; en cherchant un peu, on trouverait ce que nous appellerions des conflits du travail, des coalitions pour faire grève ; il y avait ici ou là des compagnons qui avaient mauvaise tête.

Driault, Unité. 7

Pendant des siècles cependant, ce régime assura à la classe ouvrière une réelle sécurité et une sorte de prospérité.

La production était limitée par Faction des maîtrises, qui fixaient le nombre des ouvriers de chaque atelier; la concurrence était réglée de même manière et par le privilège du monopole ; et ainsi le jeu de l'offre et de la demande, rigoureusement contrôlé par les jurandes, obligeait chaque atelier à faire mieux, non à faire plus. Le pur travail à la main donnait dès lors à la fabrication française un fini dont la tradition ne s'est pas perdue.

Sauf cela, on peut dire que le système corporatif donna à la France pendant plusieurs siècles un des traits caractéristiques de sa physionomie. Cela est-il désormais perdu sans retour? Nul ne le saurait dire.

En tout cas, lorsque Turgot, puis la Constituante supprimèrent les corporations, ils ouvrirent la voie large à la liberté du travail, donc à la libre concurrence ; il en résulta une grande intensité de production industrielle, développée encore par la Révolution, puis par le blocus continental, surtout par le machinisme, par les applications de la vapeur et de rélectricité. L'organisation économique du temps présent n'a presque rien de commun avec celle du passé.

L'association des capitaux, la fièvre de la concurrence, la poursuite du gain illimité ont créé la grande industrie contemporaine; les immenses manufac-

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