‹ L'unité françaiseChapitre 57 sur 178 · LA FRANCE NATION DE PAYSANS · texte numérisé non relu

LA FRANCE NATION DE PAYSANS

tures ont remplacé le petit atelier familial. Sur les ruines des harmonieuses corporations d'autrefois, deux partis sont en présence, aux intérêts contradictoires, les employeurs et les employés : c'est la « guerre sociale ». Il semble qu'il soit impossible de comparer nos syndicats, organisation de combat entre patrons et ouvriers, avec les anciennes corporations, où se concilièrent pendant des siècles les intérêts des uns et des autres. Peut-être pourtant trouverons-nous dans le présent les indices, sinon les promesses, d'un semblable équilibre. Pour l'instant, nous ne pouvons que constater une violente opposition de classes, qui s'accorde mal avec Tunité. On dirait que c'est en ce point surtout que nous aurons de la peine à en démontrer la valeur.

Mais la France est avant tout une nation de paysans, même encore aujourd'hui, et sans doute pour toujours; et cela la distingue des autres grandes nations de l'Europe. Les deux tiers de sa population sont demeurés ruraux, et constituent ainsi, avec la bourgeoisie, ou la classe moyenne, qui en sort, l'élément fondamental de l'unité française.

Longtemps courbé sur le sillon, attaché à la glèbe, serf du seigneur ou du roi, serf de l'Église, obligé de se mettre sous la protection des puissants et tout heureux de s'y abriter, le paysan, notre ancêtre, fut déjà émancipé par l'égalité chrétienne; puis, dès que la paix eut été rendue aux campagnes par l'établissement de l'autorité royale, il commença de se dégager de la misère par le travail. Le treizième siècle,

le siècle de saint Louis, fat à tous égards un beau siècle d'histoire française, et notamment la culture de notre admirable terre de France donna ses premiers fruits.

Dès le commencement du quatorzième siècle, Louis X le Hutin donna la liberté aux serfs du domaine royal; il avait surtout ainsi le souci d'augmenter le nombre de ses sujets imposables; le pa}^saîi n'en fut pas moins libéré, grandi surtout en dignité, cinq cents ans avant ceux du reste de l'Europe : ainsi les serfs de la Prusse n'ont été émancipés qu'en 1807, ceux de la Russie en 1861, et c'est de là que date la renaissance de la Prusse et de la Russie. La France a sur elles des siècles d'avance.

Dès lors donc le paysan se mit au travail, pour soi et pour les siens, comme tenancier libre, et peu à peu comme propriétaire ; il y accomplit aussitôt des prodiges d'endurance et d'économie. Libre sur une terre serve, grevée des lourds droits féodaux, puis des impôts royaux, il vint à bout, par des efforts inouïs, de conquérir d'abord sa chaumière et son champ; il connut de bonne heure la joie inexprimable d'avoir son petit domaine à soi, d'être quelque part le maître, lui aussi ; il couva de ses soins pieux cette terre bienfaisante, fruit de sa vaillance, garantie de sa liberté. Il y a de longs siècles que s'est accomplie la communion quasi-religieuse de la terre et du paysan de France.

La possession du bien donne le désir du mieux, inspire des progrès indéfinis. Les souffrances de la

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