LES REVOLUTIONS ET L EVOLUTION
vidus OU de certaines circonstances, ce ne sont que des contingences : les individus les plus originaux sont déterminés dans leur caractère et dans leur activité par des lois, c'est-à-dire par des traditions dont ils ne sont que les instruments. Même Napoléon, il ne serait pas impossible de le ramener à cette commune et modeste mesure.
La Révolution de 1870 a-t-elle changé la condition sociale de la nation, les rapports des diverses classes, clergé ou noblesse, peuple ou bourgeoisie ? D'autre part, elle a gardé le suffrage universel, et le régime parlementaire, qui venaient de Napoléon III et de plus loin.
La Révolution de 1848 a restauré le suffrage universel, qui venait des principes égalitaires de 1789; la seconde République a eu d'ailleurs à l'égard du mouvement social la même politique que la monarchie de Juillet : le peuple n'en a pas eu une pomme de terre de plus.
La Révolution de i83o n'a guère changé que le drapeau et quelques cadres ou le personnel politiques.
Il y a longtemps qu'on a observé, fort justement, que l'Angleterre faisait plus avec une loi que la France avec une révolution : c'est peut-être qu'en effet les révolutions n'apportent pas tant de changements que certaines lois aux conditions générales de la vie d'une nation.
Même la grande Révolution de 1789? A quoi peuton la ramener, si l'on garde seulement les sédiments
politiques et sociaux qu'elle a laissés en se retirant ?
Le régime des impôts ne suffisant pas aux besoins de l'Etat parce que la source en était tarie par les droits domaniaux, il fallut supprimer les privilèges d'exemption; et ce fut la nuit du 4 août, où fut proclamée Tégalité. Or, depuis le 4 août, jusqu'au Code civil, devenu le Gode de la France, qu'est-il resté de la Révolution? Rien que l'égalité.
Il est vrai que c'est quelque chose. Mais il y avait des siècles que les bourgeois et les paysans avaient commencé de conquérir l'égalité avec la noblesse déchue.
On a trop creusé les fossés historiques des révolutions. Il serait plus juste, et plus vrai, et meilleur, de les combler.
On diviserait assez exactement les Français d'aujourd'hui en deux partis, généralement hostiles et en apparence inconciliables : ceux qui arrêtent l'histoire de France à la Révolution, qui brisent net à cet endroit la tradition française ; et ceux qui font commencer la France actuelle à la Révolution et inaugurent la tradition nationale avec le calendrier républicain, au 22 septembre 1792, 1" vendémiaire de l'an I.
N'est-ce pas là le point précis du schisme qui nous divise, — beaucoup moins profondément d'ailleurs que ne le croient ceux-là mêmes qui se dressent en bataille les uns contre les autres?
La France n'est pas née en 92, ni en 89 : il y