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LA TRADITION AVANT ET APRÈS I

avait des siècles que les diverses classes de sa population avaient commencé une évolution qui s'est continuée depuis; on n'y peut rien comprendre, si on ne remonte pas aux origines. Même, il est nécessaire d'affirmer que la France a beaucoup plus changé, a beaucoup plus vécu, s'est beaucoup plus faite, avant qu'après 1789; que depuis 1789 nous distinguons mal, faute de recul, parmi les accidents divers qui n'ont pas d'importance générale, les grands faits historiques qui laisseront une marque profonde dans les destinées du pays : dans quatre ou cinq cents ans, quelle place aura dans notre histoire la Révolution du 4 septembre ou celle des Trois Glorieuses?

Toute la formation territoriale de la France est antérieure à 1789, à peu de chose près : il y avait alors r Alsace-Lorraine en plus, la Savoie et Nice en moins.

Outre que la royauté restaurée en i8i4, jusqu'en 1848, ne se peut connaître, ni juger, sans les huit ou dix siècles précédents, et qu'il ne suffit pas de crier, comme les patriotes de 98 : « Haine à la royauté! » pour que la royauté n'ait pas existé, n'ait pas fait beaucoup pour la France et pour le peuple même, et qu'enfin la guillotine n'est pas de force à décapiter la France de son passé, le fait politique capital de la Révolution de 1789, c'est l'avènement de la bourgeoisie ; or, elle avait une grande part du pouvoir depuis des siècles au moins, et elle n'a fait depuis que continuer une évolution dont le début se perd au fond du moyen âge.

Mais encore, si l'on veut se placer au point de Aaie démocratique pour fixer le commencement de l'histoire nationale de la France à 1789, il faut se rappeler pourtant qu'avant 1789 les classes populaires avaient eu une histoire très pleine, très dramatique, très instructive, très glorieuse même, que la Révolution de 1789 ne se comprend pas sans les dix siècles antérieurs d'une évolution remarquable à tous égards. Le peuple a moins agi, la nation a moins grandi depuis 1789 qu'auparavant. Et qui s'en étonnerait? La Révolution de 1789 est si près de nous ! Elle est d'hier.

En vérité, il faut déclarer hautement qu'il j a une erreur à commencer l'histoire à 1789, comme on le ferait volontiers dans l'enseignement primaire, et même à y consacrer plus de soin et plus de temps qu'à l'histoire des siècles précédents. D'ailleurs l'intelligence des enfants comprend mieux les origines que les sociétés modernes plus complexes, à propos desquelles on ne peut guère leur mettre dans l'esprit que des mots vides ou des formules qui sont dangereuses parce qu'elles ne peuvent pas être assimilées : c'est, soit dit en passant, une des raisons pour lesquelles les examens du certificat d'études primaires, peut-être même aussi du baccalauréat, donnent en histoire des résultats si pitoyables; l'histoire contemporaine ne convient pas à cet âge.

Il faudrait donc combler ce fossé de 1789. Il faudrait cesser de fausser toute l'histoire de la France en la présentant sous la forme d'un long et sec sque-

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