‹ L'unité françaiseChapitre 65 sur 178 · LA CHAINE DE LA TRADITION NATIONALE · texte numérisé non relu

LA CHAINE DE LA TRADITION NATIONALE

lelte pour ses dix premiers siècles, puis d'une monstrueuse gibbosité à l'occasion du dix-neuvième. Il faudrait rétablir son admirable harmonie, et ce serait le vrai moyen d'un rapprochement entre les partis. Ce serait en tout cas respecter l'unité française.

Et de même l'histoire de la France ne s'achève pas à 1789, pas plus qu'à 987 ou à 1870. Après comme pendant la Révolution, la France a continué de vivre selon ses lois, selon les traditions qu'elle s'était faites par dix siècles d'histoire.

Il n'y a pas un homme, pas un parti politique au monde, pas une société plus ou moins secrète, qui soit capable de détourner un peuple de la voie où mille lois physiques, politiques et sociales, l'obhgent à continuer sa vie.

En 1789, et depuis 1789, la France a subi une évolution, plutôt qu'une révolution, qui peut ne pas plaire à certains, à ceux qui estiment que tout est perdu quand tout ne va pas selon leur gré, mais qui était fatale, qui était déterminée par tout le passé, une évolution qui est elle-même à son tour un fait qui en déterminera d'autres à l'infini, qui est constituée par une série de faits ou de phénomènes dont il faut tenir compte bon gré mal gré, parce qu'ils sont, parce qu'ils ajoutent à la tradition un chaînon, ■des chaînons de plus, et qu'on ne peut pas rompre.

Qu'importent les protestations, ou les acclamations, ou les récriminations, des uns ou des autres? Elles ne sont elles-mêmes que des accidents sans Taleur, de pures contingences. Elles ne peuvent rien

Driault, Unité. 8

contre la grandiose unité qui, de part et d'autre de la Révolution de 1789, est le fait essentiel, le fait évident, le fait supérieur à toutes les interprétations et déformations, le grand fait de l'histoire de notre nation.

Qu'est-ce en effet que la tradition? C'est la suite, la chaîne des phénomènes, des caractères et des influences, qui se sont constitués et transmis à travers les générations, et qui représentent comme la loi physique de la trajectoire historique d'un peuple, une loi physique qui se constate, qui s'observe, qu'on ne peut nier, pas plus que la loi de la pesanteur ou de la gravitation universelle, — non pas une loi morale qui s'imposerait comme un devoir, qui comporterait quelque obligation.

Or, s'il est possible de fixer, de définir intégralement la tradition, la loi historique d'un peuple mort ou disparu, s'il est possible d'étudier dans son ensemble et d'enfermer dans des lois la tradition d'Athènes ou de la Rome antique, on n'arrête pas à une date quelconque la tradition d'un peuple vivant, pas plus qu'on ne peut arrêter le développement de sa langue, ou de sa mentalité même, ou de sa conscience, ou de sa manière de juger, de penser, dans les arts, dans les lettres, ou en quelque matière que ce soit, tout cela changeant comme la vie, évoluant et se déroulant en une perpétuelle activité, jusqu'à la mort.

Que si l'on voulait même personnifier la France dans ses rois, n'admettre la tradition française que comme représentée parla royauté, il faudrait consi-

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