LE PRINCIPE ROMAIN DE L ETAT
La royauté.
Il fallait que la royauté agglomérât cette poussière de fiefs pour en faire un État ordonné. La décentralisation était favorable aux libertés locales, du moins des seigneurs en ce temps. Mais la centralisation était nécessaire à l'évolution sociale et au développement extérieur.
La royauté capétienne s'inspira de l'ancien ordre romain, et ce fut comme une première influence de réducation classique que la PVance avait reçue.
Cette influence ne cessa pas dès lors de se manifester à travers toute notre histoire. Les légistes de saint Louis et de Philippe le Bel, ou ceux de la Renaissance, ou enfin ceux des temps de Richelieu et de Louis XIV, personnifièrent de siècle en siècle la tradition continue du droit romain fondée sur l'autorité de l'État et sur la souveraineté du prince. Savants, comment auraient-ils étudié ailleurs que dans les textes de droit romain? Les jurisconsultes de la Constituante, de la Convention et du Consulat devaient introduire dans le Code civil les mêmes maximes, et nous en sommes toujours profondément pénétrés.
C'est par tout cela, et par la langue, plus que par la race, que nous sommes un peuple latin, romain même.
Telle fut la théorie du pouvoir royal en France depuis Hugues Capet jusqu'à nos jours.
Ainsi armée, la royauté poursuivit assidûment, plus ou moins consciemment, Tœuvre de l'unité nationale qui lui doit beaucoup en effet.
Elle fut niveleuse et rassembleuse.
Elle vainquit les grands féodaux, qui méconnaissaient son existence même. Après deux siècles de timidité, de ménagements et de souplesse, elle entra en campagne avec Louis le Gros, soutenue par l'Église et par les sympathies et les espérances populaires ; il faut le suivre dans les chroniques du temps à l'assaut du château de Coucy ou de celui du Puiset.
Elle entama avec Philippe-Auguste la grande lutte contre la maison d'Anjou-Angleterre, dont la puissance était inquiétante non pas seulement pour l'avenir des Capétiens, mais pour l'indépendance de la France : car dès lors la cause de la France se confond avec celle de ses rois.
Deux fois dans son histoire la France faillit devenir anglaise, en deux formidables guerres de Cent Ans, qui correspondent au règne des Capétiensdirects et à celui des Valois directs. Si la France fût devenue anglaise, elle eût sans doute perdu la plus grande part du bénéfice qu'elle doit à son éducation romaine; elle y eût changé son caractère national, et c'est pour cela d'ailleurs qu'elle ne pouvait pas devenir anglaise. La victoire de Bouvines la délivra une première fois de ce péril, et Jeanne d'Arc définitivement.
Plus tard la royauté eut à vaincre la féodalité