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VERS LE RHIN

ne connurent plus que les « guerres communes », c'est-à-dire utiles : les Trois-Évêchés furent occupés, Verdun, Toul, Metz, trois étapes vers le Rhin. Henri IV prit la Bresse et le Bugey par le traité de Lyon.

Louis XIV prit le gros morceau, l'Artois et la Flandre, l'Alsace avec Strasbourg — le Rhin atteint; — la Franche-Comté jusqu'au Jura, le Roussillon jusqu'au faîte des Pyrénées. Il n'y manquait que la Lorraine et la Corse pour achever la figure de la France royale; ce fut chose faite avec Louis XV; outre qu'une très habile et très constante politique d'amitié avec les princes allemands et italiens préparait l'absorption naturelle de terres nouvelles dans la direction du Rhin et des Alpes, il était déjà question de donner le Milanais à la Sardaigne en échange de la Savoie et de Nice. La royauté n'en eut pas le temps; son œuvre fut tout à coup interrompue.

Enfin la royauté avait encore eu l'initiative, qu'elle seule pouvait prendre alors, d'une large expansion coloniale. Sous François P"", Henri IV et Richelieu, grâce à Champlain surtout, elle occupa le Canada. Colbert lui fit la grande « offre » d'assurer à la France la place que l'Angleterre a prise depuis sur les mers: belle entreprise qui fut aussitôt compromise par des intérêts continentaux, et qui fut anéantie au siècle suivant : une des grandes erreurs de l'ancienne monarchie.

Elle avait admirablement confondu sa cause, pendant des siècles, avec celle de la France, au point

que de bons Français, aujourd'hui même, ne veulent point l'en distinguer. Elle l'en distingua elle-même tout d'un coup. Elle ne yit plus sa voie séculaire, dans l'éblouissement d'une cour magnifique qu'elle crut uniquement faite pour son propre culte. Versailles, étendu en terrasses sur les jardins de Le Nôtre, tourna le dosa la ville, au pays, s'enferma sur soi-même.

Elle fut infidèle à sa fonction historique de deux manières.

Elle avait été la royauté niveleuse, égalitaire ; elle avait de siècle en siècle réduit les privilèges des classes supérieures. Or elle lia sa cause à celle des privilégiés; elle défendit les privilèges qui étaient restés, et les moins défendables, à la noblesse et au clergé.

Elle ameuta le peuple contre elle, fut ramenée de Versailles comme prisonnière déjà, et dès lors le schisme fut irréparable, elle avait rompu son alliance séculaire avec le peuple ; elle n'avait pas su se faire peuple, ou rester peuple.

Inconséquente avec elle-même, elle avait appelé la bourgeoisie au pouvoir, et lui refusait le pouvoir. Il est vrai que bien plutôt elle s'était servie des ministres bourgeois contre les grands, mais elle ne voulait rien abdiquer de sa souveraineté aux mains de la bourgeoisie.

Plus grave encore la position qu'elle prit à l'occasion de la guerre étrangère.

Cela se tient du reste : les émigrés avaient fui pour

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