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LA ROYAUTÉ EN I

protester contre la perte de leurs privilèges que le roi lui-même avait essayé de défendre : il y avait donc alliance entre le gouvernement des Tuileries et l'armée de Coblentz.

Mais il faut préciser ce point.

La guerre de 1792 qui commença la grande lutte, de vingt-trois ans, entre la Révolution et les rois de l'Europe, eut pour causes : l'affaire des princes allemands, possessionnés en Alsace, qui protestaient, au nom des privilèges féodaux que la Constituante avait détruits le 4 août, et prétendaient maintenir dans une provmce française un régime social con damné par des lois françaises pour toute la France ; — et aussi l'annexion volontaire d'Avignon à la France, affirmation du droit national, de la volonté du peuple, en contradiction avec la souveraineté pontificale de droit divin.

Le roi de France, de droit divin, était mal disposé à admettre et à servir un droit nouveau, qui, étant nouveau, ne lui paraissait être qu'une usurpation, et par là il était secrètement et foncièrement d'accord avec les rois étrangers contre la France nouvelle. Il ne put s'empêcher de s'entendre avec les ennemis de la France, d'appeler l'étranger à envahir le royaume pour y rétablir tout son droit au risque d'y mutiler la patrie, comme une autre Pologne.

Formidable crise où la royauté perdit le sens de son devoir, où elle cessa d'être la royauté nationale. Sens profond du malentendu définitif qui sépara la France de ses rois en suscitant tout d'un coup,

Driault, Unité. 9

au moment de Varennes, dans une explosion de « patriotisme », le sentiment républicain. Erreur que peut-être la royauté ne pouvait pas éviter : il lui eût fallu alors un homme de génie pour lui montrer la route. Mirabeau mourut, et le roi s'enfuit, fut arrêté ; le comte de Provence , le futur roi Louis XVIII, s'enfuit, et ne devait revenir que dans les « fourgons de l'étranger ».

La Révohdion.

Or la Révolution donnait alors au patriotisme une profondeur et une ardeur, un sens qu'il n'avait pas eu jusque-là. Ce qui n'était que le culte du roi, personnification de la France, devenait le dévouement à la nation elle-même, le culte de son glorieux passée Tesprit de sacrifice à un avenir toujours plus grand. Lesentimentpatriotique,descendu des hauteurs mystiques du droit divin surnaturel, se réalisait dans les masses populaires, s'élargissait, et s'exaltait en une immense solidarité nationale. Le royaume était maintenant la nation.

Les « patriotes » ne prononçaient déjà plus le mot de « nation >» qu'avec une sorte de ferveur pieuse. Ils célébraient l'abandon des privilèges à l'intérêt de la nation; ils mettaient les biens du clergé à la disposition de la nation ; ils appelaient de tous les départements les gardes nationales à la proclamation de l'indépendance de la nation, le i4 juillet 1790; ils imposaient au roi et à tous les citoyens le ser-

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