LA « NATION » 13Î
ment de fidélité à la nation, et à la loi, qui est la volonté de la nation. Au 20 juin 1798, maîtres de& Tuileries, ils obligeaient Louis XVI à boire à la santé de la nation. Les Prussiens devant Valmy couvraient de leurs boulets la petite armée des volontaires français, des paysans et des savetiers, et il en résultait quelque flottement dans les rangs : (( Vive la nation T » cria Kellermann en agitant son chapeau au plumet tricolore. « Vive la nation ! » répétèrent ses hommes, et les rangs serrés, ils descendirent sur les Prussiens et les chassèrent de la Champagne.
C'est au nom de la nation qu'eurent lieu les plus effroyables scènes de la Révolution, et les plus grandioses, les massacres de septembre et la victoire de Jemmapes,les sinistres applications de la loi des suspects et la délivrance de la frontière, la Grande Terreur robespierriste et la conquête du Rhin. Et dans ce creuset formidable, s'acheva l'unité française préparée dans les siècles par la royauté.
La royauté avait rassemblé les provinces; elle ne les avait pas fondues ensemble. Elles demeuraient distinctes les unes des autres, petites ou grandes, comme TAunis ou com^me le Languedoc^ provinces de la couronne, dans la région parisienne^ où l'autorité du roi était absolue, représentée par des intendants qui ne devaient de comptes qu'au gouvernement central; pays d'États qui jouissaient d'une véritable autonomie, comme le Dauphiné ou la Bretagne. Elles étaient encore en grande
partie séparées par des douanes intérieures. Les assemblées provinciales, récemment fondées, sous Louis XVI, leur donnaient une vie nouvelle, augmentaient encore leur originalité, et aussi leurs tendances particularistes.
On le vit même en 1798 : les anciens pays de la couronne furent dévoués à la dictature conventionnelle, étant habitués de longue date à la centralisation de l'État monarchique; le cercle de l'insurrection départementale enveloppa les provinces plus éloignées, celles qui avaient conservé des libertés locales : r « amalgame » national n'avait pas encore été complètement opéré.
La fusion à laquelle la France monarchique n'avait cessé de tendre fut accomplie par la création des départements, de grandeur à peu près semblable. Leurs noms banals, sans aucune signification historique, simples expressions géographiques, étaient incapables d'exprimer des sentiments séparatistes dans la nation, d'éveiller des impressions vivaces comme celles des anciennes provinces, qui étaient des « patries ». D'ailleurs les noms de provinces ont subsisté : Bretons, Normands, Comtois, Auvergnats, ont conservé leur physionomie originale, et il serait bien dommage qu'ils l'eussent perdue tout à fait.
Mais ils ne s'opposent plus les uns aux autres, ayant exactement mômes libertés, mêmes lois, mêmes mœurs, toutes barrières renversées dans l'uniformité des départements, des districts, des communes,