‹ L'unité françaiseChapitre 73 sur 178 · LA FEDERATION NATIONALE 13S · texte numérisé non relu

LA FEDERATION NATIONALE 13S

morceaux de France tout semblables où tous les Français retrouvent partout la même image de la France.

La joie fut grande dans tout le royaume par cet achèvement de l'unité nationale. Le phénomène avait été préparé par des siècles de destinées communes ; c'est pourquoi, spontanément, dans un grand mouvement d'enthousiasme unanime, les départements se fédérèrent, en une fédération nationale : un beau mot, un des grands moments de notre histoire, le faisceau national librement et solidement serré.

A la fédération du i4 juillet 1790, toutes les classes de la nation travaillèrent; les estampes du temps représentent moines et seigneurs, ouvrières et grandes dames, roulant la brouette, maniant la pelle ou la pioche au Champ de Mars, pour élever, de leur effort fraternel, Tau tel de la patrie, et lorsque, la messe dite au front de tous les gardes nationaux des départements, le roi et la reine se virent entourés par les représentants de toutes les régions et de toutes les classes sociales de la France, ils furent gagnés un moment par l'incomparable spectacle : la reine prit le petit dauphin dans ses bras et le présenta au peuple, qui y répondit par une immense acclamation. La nation était liée au roi, pourvu que le roi fût lié à la nation.

Ce pacte ne dura pas, ni celui qui pendant un jour avait rapproché les partis. A propos de la fuite du roi les querelles éclatèrent véhémentes, môme

parmi les révolutionnaires; les républicains se levèrent contre les constitutionnels, et la journée du 17 juillet 1791 ensanglanta le Champ de Mars; puis la question de la guerre extérieure sépara les Brissotins des Robespierristes. Du moins le danger de la patrie en 1792 serra-t-il davantage encore les liens de la nation, et la République fut proclamée au moment de Valmy; mais ce ne fut pas la République fédérale des Girondins ; ce fut la République une et indivisible, avec son redoutable symbole, la hache au-dessus des faisceaux.

La Convention et son Comité de Salut public s'emparèrent de la dictature; tous pouvoirs locaux, les assemblées départementales, furent supprimés. Les suspects de l'intérieur furent écrasés; l'invasion étrangère fut chassée; la France fut « le tombeau des armées de la coalition ». Mais une telle tension ne pouvait durer; la dictature terroriste ne peut fonder la liberté, et elle contredit toute union véritable entre concitoyens. La France ne tarda pas à revenir aux discordes civiles.

Elle garda la marque de cette terrible époque, et la nation fut définitivement centralisée.

Ce ne furent pas seulement les cadres géographiques qui furent changés, ce fut le corps même des classes sociales, La société française était divisée en trois ordres, ou plutôt en deux; car clergé et noblesse étaient à peu près confondus, du moins dans les grosses prélatures, toutes réservées aux grandes familles; il y avait d'autre part la masse des

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