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LE PRINCIPE DE L EGALITE

terre, serve jusque-là, et aussi par l'aisance plus grande du paysan, condition de son indépendance et de sa liberté politique.

L'égalité fut sans doute imparfaite, et il y a apparence qu'elle le restera encore quelque temps, parce qu'il était, et il est impossible de donner à tous l'égalité de condition, ce qui ne se pourrait obtenir que par l'égalité et même la similitude de leur valeur intellectuelle et morale : — l'égalité absolue, une chimère, qui a du moins le mérite de susciter Fefîort.

Même après la mise en vente des anciens biens d'Eglise, il resta de grosses fortunes aux nobles, et à quelques bourgeois ; beaucoup de terres furent achetées par des agioteurs, et il y a en tout cela une vaste mutation foncière du plus grand intérêt. L'histoire en est difficile à faire, même dans les lignes générales, et la distribution de la propriété aux temps révolutionnaires est une des questions les plus délicates qui soient. La grande enquête actuellement ouverte dans toute la France sur l'histoire économique de la Révolution y apportera peu à peu les lumières nécessaires.

11 y eut dès ce moment des théories logiquement déduites du principe de l'égalité et de la Déclaration des droits, qui était la table de la loi. Saint-Just, hanté delà pensée de refaire Sparte en France — ce qui était au moins un anachronisme,— voulait fixer le maximum du revenu de chaque citoyen à 2.5oo livres, méconnaissant la profonde et insupportable

injustice qu'il y aurait à récompenser presque également des efforts et des mérites inégaux et par nature inappréciables : car égalité n'est pas synonyme de justice; il peut arriver que les deux termes soient contradictoii^es.

Babeuf pensa obtenir une nouvelle distribution de la terre en lots égaux, de façon à fonder sur un partage intégral l'égalité réelle et définitive, la sacrosainte égalité, méconnaissant l'impossibilité de conserver, fût-ce un seul moment, une telle égalité de propriété, par l'extrême diversité du mérite et de l'activité des hommes. La première condition d'un raisonnement raisonnable, c'est de raisonner sur les caractères mêmes de la nature humaine, qui n'est ni une, ni parfaite.

On ne put donc rien faire dans le sens de l'égalité économique.

Mais l'égalité politique elle-même ne fut pas réalisée, quoique ce soit beaucoup plus facile. Sauf pour les élections, extraordinaires, à la Convention, des conditions de cens remplacèrent les conditions de naissance ; il fallut être aisé pour être un citoyen intégral. Robespierre protestait à la Constituante contre cette inégalité scandaleuse, et il avait raison, puisque la Constituante venait de proclamer que tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Ce fut en vain. Le privilège politique fut constitué en faveur de la fortune, c'est-à-dire en faveur de la bourgeoisie.

En vérité, l'égalité essentielle n'est pas celle des

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