LA REVOLUTION ET L EGLISE
fortunes et des talents ; c'est l'égalité morale, celle qui vient du christianisme et qui considère que tous les hommes sont égaux devant Dieu, c'est-à-dire par le mérite, fondement de la vertu. Jésus en Galilée ne connaissait pas de nobles; il emmenait les pauvres pêcheurs du lac de Tibériade pour en faire des pêcheurs d'hommes ; il instituait l'égalité de la personne morale, il en mettait la dignité véritable dans la consciencp.
La « sainte égalité » révolutionnaire était une conception de même nature, sauf qu'elle s'appliquait à la condition de l'homme en ce monde. Et la valeur que la société contemporaine attribue au suffrage universel n'a pas d'autre source.
Aussi les idées révolutionnaires, nées de l'évolution même de toute notre histoire, pouvaient-elles être à jamais fondées et se fortifier dans les profondeurs mêmes de la conscience par l'enseignement chrétien lui-même, si la Constituante n'avait pas commis l'erreur, peut-être irréparable, de la Constitution civile du clergé.
Dans le temps où elle venait de proclamer la liberté de conscience, elle y portait une atteinte insupportable. Elle ne comprit pas, comme L'Hôpital ou Henri IV, que le couteau, même de la guillotine, ne vaut contre l'esprit, que le domaine de la conscience est le plus sacré, qu'il doit être séparé du domaine de la constitution politique.
Elle reprit la doctrine de Louis XIV : une nation, une religion. Elle ne se contenta pas de diviser les
diocèses, selon les limites "des départements; elle se mêla de la discipline ecclésiastique ; elle voulut organiser l'Église à la manière de TÉtat, absorber l'Église dans l'État; elle estima qu'il convenait de la ramener à la condition qu'elle avait dans les premiers siècles, de demander au peuple l'élection des évêques et des prêtres : toutes choses qui ne la regardaient en aucune manière, et où les droits de l'Église perdaient toute garantie. L'Église pouvait-elle donc consentir à n'être qu'une administration d'État, un ministère des Affaires religieuses, comme il y a un ministère de l'Agriculture ou des Travaux publics?
Ainsi fut créé le schisme qui s'est perpétué depuis. Et la question de conscience allait être pour longtemps encore parmi les plus graves questions de notre politique nationale : une de celles où l'unité française peut paraître encore aujourd'hui compromise.
Les plus remarquables personnages de la Révolution en eurent le sentiment très net. Il en fut qui pensèrent nier la question religieuse, tuer le sentiment religieux lui-même, comme s'ils eussent été capables de détruire dix-huit cents ans d'histoire et de déraciner de la conscience universelle, en les traitant de superstitions, ses plus profondes aspirations religieuses. Le ridicule qu'ils voulaient jeter sur « l'idolâtrie catholique » leur revint avec surabondance.
Robespierre, plus sensé, plus habile aussi, disciple de Rousseau et du Vicaire Savoyard, pensa au contraire prendre au service de l'idée républicaine la croyance en l'Être Suprême. Il fit décréter par la