LE SENTIMENT DE L.\ TOLERANCE
Convention que la République française croyait en i'Être Suprême et en l'immortalité de l'âme, et il fit instituer, et il présida lui-même la fête du 20 prairial, qu'il fît coïncider avec le jour de la Pentecôte, dans l'espoir de rallier la masse des catholiques jusque-là réfractaires.
Mais le catholicisme ne peut pas se ramener à une croyance raisonnable en l'existence du fabricateur souverain, ni même à la conception de l'immortalité de l'âme affirmée par décret. Les plus respectables, les plus expressifs caractères de l'idée religieuse échappent à tous articles, à toute emprise des lois humaines, qu'elles soient de conciliation ou de persécution. La foi, qui est l'essence même de la religion, n'est pas un article de constitution; et il eût fallu revenir tout simplement aux admirables préceptes de Michel de l'Hôpital, respecter la conscience, parce qu'il est impossible d'y atteindre et parce qu'elle est sacrée.
Y a-t-il quelque chose de plus rare que la tolérance? Nous enseignons que la tolérance et la liberté de conscience ont été fondées en France par l'Édit de Nantes en iBgS : quelle erreur! ou du moins quelle illusion ! Au commencement du vingtième siècle l'esprit de tolérance ne se rencontre pas beaucoup plus souvent qu'aux temps des guerres de religion; l'esprit d'intolérance s'exprime seulement d'autre manière.
Ainsi la Révolution ne terminait rien ; même elle posait de nouveaux problèmes, elle en compliquait
Ié2 FORMATION DE LA NATION
d'aaciens. Ses principes se ramenaient en grande partie à des abstractions philosophiques, ou à des vues sur l'avenir, ou simplement à des théorèmes dont la démonstration était à faire. Il en demeurait cependant aussi des faits palpables, des faits acquis, qui la liaient indissolublement aux traditions nationales, qui en faisaient un des plus puissants anneaux de la grande chaîne de nos destinées. Il en demeurait surtout le fait de l'égalité, qui, préparé par dix siècles d'histoire, allait développer peu à peu toutes ses conséquences.
En ce sens, c'était comme la fin d'une ère de l'humanité : car toute l'antiquité avait été fondée sur la distinction entre les esclaves et les hommes libres, jusqu'à Jésus-Christ; les temps modernes avaient été fondés sur la distinction entre les nobles et les non-nobles. L'année 1789 marquait la victoire suprême de l'Évangile du christianisme et de la Révolution, l'égalité de tous les hommes devant la loi humaine comme devant la loi divine.
Il ne faut pas non plus détacher Napoléon de la tradition française; nul ne l'a jamais représentée plus fortement. Il ne faut pas en faire un personnage à part, quelles qu'aient pu être les qualités extraordinaires de son génie.
Il acheva l'œuvre égalitaire de la Révolution par le Gode civil, qui n'est que le Code de la Révolution, mais qui put être promulgué en quelques mois,