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L ETAT MODERNE

€utifs, avaient préparé rinstitution des préfets du Consulat et de l'Empire.

Napoléon continua en effet cette œuvre de la royauté et de la Convention et fît de l'État français moderne la plus remarquable image qui soit de l'État romain d'autrefois ; si ce n'est que le christianisme a séparé ce qui est dû à Dieu de ce qui est dû à César, et que, les Francs ayant apporté dans notre civilisation les principes des relations d'homme à homme et de la liberté individuelle, l'État n'est plus que le protecteur, le garant des libertés de chacun, n'est plus une fin, mais un moyen.

En un mot, les cadres de l'État sont semblables à ceux de l'Empire romain, mais la substance politique en est toute différente. Il ne tint pas à Napoléon que la substance aussi fût semblable, et que l'Empereur par lui fût le seul maître, comme les Augustes, que toute loi vînt de lui, que la souveraineté du prince l'emportât sur la volonté du peuple, sous prétexte que par plébiscite le peuple lui abandonnait tout le pouvoir. Mais il n'eut pas le temps de refaire cette éducation romaine de la France, où sans doute il eût échoué, et les maximes de la liberté développèrent leurs conséquences.

Il y a aussi dans la conquête révolutionnaire et impériale les suites, seulement plus violentes, plus brutales, par conséquent moins durables, de la politique des rois. Toute œuvre des hommes doit être

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de lente facture, et sa durée d'existence est en proportion même de celle de sa formation.

Quoi qu'il en soit, la politique française se définissait, depuis trois siècles au moins, par la poursuite des frontières naturelles vers les Pyrénées, les Alpes et le Rhin. Les Pyrénées étaient atteintes depuis Louis XIV; les Alpes étaient touchées depuis longtemps par le Dauphiné : il n'y manquait que la Savoie et Nice ; la Savoie se donna à la France tout aussitôt, et dès octobre 1792 la réunion était accomplie par le concours des populations .

Il restait à atteindre le Rhin. On le touchait par TAlsace et Strasbourg depuis Louis XIV; la Lorraine réunie par Louis XV en élargissait le chemin. Dès la Convention le Rhin fut atteint sans beaucoup de peine ; toute la rive gauche du fleuve fut occupée d'un trait par les soldats de Tan II : c'était des terres d'Église, évêché de Liège, archevêché de Trêves, ou de Mayence, ou de Cologne, depuis longtemps pénétrées par l'influence des rois, abondamment arrosées par les subsides de Versailles; elles étaient donc faciles à prendre, et même à assimiler. Le i""" octobre 1795, la Convention les déclara à jamais réunies à la République française.

Il eût fallu s'arrêter là, donner à la France le temps de fondre ces éléments nouveaux dans une longue paix, et la réunion des provinces rhénanes eût été sans nul doute aussi solide que celle de l'Alsace ou de la Lorraine.

Quel obstacle y verrait-on ?

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