LES FRONTIERES NATURELLES
L'Europe y consentait.
L'Autriche n'y perdait que la Belgique, à laquelle elle ne tenait guère à cause de son éloignement, et pour laquelle elle acceptait une compensation en Italie, et sur la mer Adriatique, où ses intérêts Tinclinaient décidément.
Il est prouvé aujourd hui que l'Angleterre, dès 1797, l'Angleterre de Pitt, était prête à nous laisser Anvers et les pays rhénans, moyennant des avantages compensatoires aux colonies.
La Prusse voyait dans le Rhin la limite naturelle entre elle et la France et la garantie de sa suprématie sur l'Allemagne à l'est du fleuve. Ce sont les termes de la paix de Baie de 1796, et l'on retrouverait des dispositions analogues même chez Bismarck, au temps de la guerre des duchés et des conférences de Biarritz. La France à gauche du Rhin, la Prusse à droite : une des formules traditionnelles de la politique des Hohenzollern, qui y trouvaient leur compte.
Mais la conquête impériale allait compromettre les résultats de la conquête révolutionnaire. Elle se pouvait elle-même recommander des plus lointaines traditions ; mais par delà la politique des rois, elle s'inspirait aussi de celle des empereurs romains : ce qui n'était pas sans y amener des contradictions regrettables.
En effet en portant au Saint-Empire Romain Germanique les coups qui l'abattirent définitivement et arrachèrent à l'Autriche cette couronne de prétention universelle, Napoléon continuait l'œuvre de
François P"" contre Charles-Quint, de Richelieu contre Ferdinand II, de tous nos rois, ou presque, qui avaient eu pour politique séculaire la lutte contre la maison d'Autriche; et il n'est pas indifférent à la condition de l'Europe contemporaine que le Saint- Empire en ait à jamais disparu. Bien des libertés nationales et autres s'en trouvent favorisées.
Sur ses ruines, Napoléon était encore le continuateur des rois lorsqu'il transformait l'Italie et l'Allemagne, non pas à sa fantaisie, mais selon des lois historiques qui s'imposaient à lui, qu'il personnifiait avec une vigueur singulière et qui faisaient toute sa force.
Il y avait longtemps que les rois voulaient délivrer l'Italie de l'Autriche. On retrouverait ce souci chez François P', chez Henri IV, chez Mazarin, sous Louis XV chez Chauvelin : une tradition qui ne comporte, pour ainsi dire, pas une interruption; et, Napoléon passé, si l'ItaUe retomba sous le joug des Habsbourg, ce ne fut pas pour longtemps.
De même les rois, depuis Henri II, Richelieu et Mazarin, avaient été proclamés les protecteurs des libertés germaniques. Lorsque, au seizième siècle, les protestants allemands avaient voulu se défendre contre la puissance de Charles-Quint, ils avaient eu recours à Henri II, et, par la convention de Friedwald, en échange -de son appui, ils avaient admis que la France occupât les pays lorrains de langue française, et d'abord les Trois-Évêchés, Metz, Toul et Verdun. Parmi les signataires de cette convention,