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L ACTION REVOLUTIONNAIRE DE L EMPIRE

race des empereurs romains, et de la meilleure, de la race des Césars, de ceux qui fondent. »

Il estimait que son œuvre impériale n'était pas fondée, et ainsi ne pouvait pas être durable, tant qu'il ne l'aurait pas achevée à Rome môme. Rien de plus expressif en ce sens que le sénatus-consulte du 17 février 1810. Au moment d'épouser la fille de l'empereur d'Autriche, ancien roi des Romains, il donnait au fils qui naîtrait de ce mariage le titre de « Roi de Rome >> ; il proclamait Rome ville impériale, seconde ville de l'Empire, et il annonçait que désormais les empereurs, après avoir été couronnés, lors de leur avènement, dans l'église Notre-Dame de Paris, le seraient une seconde fois en l'église Saint- Pierre de Rome avant la dixième année de leur règne.

Napoléon ne se rendit jamais à Rome. Il se réservait sans doute d'y aller lorsque, le moment serait venu d'y couronner son édifice impérial.

Il n'en eut pas le temps, et, si loin qu'il ait été, il resta bien en deçà des rêves de son imagination.

Il semble donc qu'il n'ait rien fondé puisque son empire a été un des plus éphémères de l'histoire.

Mais outre que ses institutions ont duré à travers les années et que la France porte profondément sa marque, l'Europe elle-même a subi presque autant son action. Nombre de hautes herbes, écrit M. Ernest Lavisse, qu'il avait couchées sur son passage ne se sont pas redressées, et notamment la puissance universelle de la maison d'Autriche, ennemie toujours de l'indépendance des nations.

Le Saint-Empire renversé à Austerlitz, l'Italie et l'Allemagne se sont levées à sa place, et c'est par elles toute la face de TEm^ope qui se trouve changée.

Mais surtout Napoléon a représenté, a personnifié les principes de 1789 avec une telle grandeur — notamment la souveraineté nationale, dont il était issu par plébiscite — et il a donné à la propagande révolutionnaire une telle gloire, que la Révolution est demeurée par lui, malgré la Sainte- Alliance, la maîtresse de l'Europe.

Elle a dû subir, en quelques générations seulement, les transformations que la France elle-même venait de subir, le nivellement des classes sociales, par l'égalité au moins morale, et par la suppression générale de l'esclavage et du servage, la reconnaissance plus ou moins absolue du principe de la souveraineté nationale contre le droit divin des rois.

Partout, malgré la défaite de l'Empereur, malgré Waterloo, les rois ont dû admettre les droits des nationalités, et même s'en sont faits les champions: n'a-t-on pas vu, dernièrement, la maison d'Autriche elle-même défendre les droits de la nationaHté albanaise, pourtant encore inconsciente? Les guerres dynastiques ou guerres de succession, expression du droit des rois à hériter des peuples comme de troupeaux, ont fait place aux guerres nationales; et il suffit de regarder tout autour de soi, môme très loin, sur toute la surface de la terre, pour y voir partout paraître les enseignements de la Révolution.

LA. RESTAURATION DE L ANCIENNE EUROPE 15a

C'est un privilège redoutable pour la France que d'avoir le don de la propagande. Elle a évangélisé la Germanie au temps de Charlemagne et Ta alors introduite dans la société des nations civilisées; elle a fait les Croisades, qui ont eu tant de suites séculaires. Jamais elle n'avait été mieux la nation-apôtre que par la propagande des principes libérateurs de

C'est elle — et par Napoléon — qui a « ordonné » la transformation de l'Europe et du monde selon les lois du régime moderne.

Après Arcis-sur-Aube et Waterloo, la France fut ramenée à ses anciennes limites, qui lui interdisaient toute expansion continentale : son rôle de propagande était achevé pour un temps. Celait la dure rançon de la gloire dont Napoléon l'avait couverle pendant quelques années.

En même temps l'Europe était remise sous le joug delà Sainte-Alliance, les rois reprenant, au Congrès de Vienne, la prétention de restaurer l'ancien régime de droit divin, de partager les peuples selon les seuls intérêts dynastiques, au nom du principe de la légitimité.

Les provinces rhénanes, la Savoie et Nice furent reprises à la France. La Belgique fut donnée à la Hollande en dépit de toutes les différences nationales, religieuses et économiques qui les séparent. L'Italie fut traitée comme une « expression géographique », selon le mot de Metternich, dont l'Italie a tiré depuis une éclatante vengeance. L'Allemagne resta à peu

près SOUS le régime territorial et politique que Napoléon lui avait donné ; les rois de Bavière ou de Wurtemberg-, par exemple, ne renoncèrent point aux couronnes qu'ils tenaient de lui; les princes en général ne rendirent point à l'Église les terres qu'ils avaient sécularisées. L'Allemagne resta « rassemblée », ne retourna pas à l'extrême morcellement du passé.

Mais aucune satisfaction ne fut encore donnée à ses aspirations nationales. La Pologne, en partie refaite par Napoléon, fut livrée presque toute à la Russie, resta écartelée : en sorte que la défaite de la France coïncida avec la défaite des nationalités, et Napoléon en parut plus parfaitement le héros de la Révolution, et les peuples entourèrent de leurs sympathies son martyre de Sainte-Hélène; ils y nourrissaient leurs espérances de liberté. 11 y a toujours cela dans le culte que tous les peuples de l'univers lui ont gardé.

Depuis la Révolution.

Revenue au calme après la grande tempête révolutionnaire et impériale, la France chercha, en tenant compte de son long passé monarchique dont elle ne pouvait s'abstraire, et aussi de ses récentes épreuves, l'organisation politique et sociale la meilleure qui pût convenir à sa prospérité et à sa grandeur.

Ce fut un siècle d'expériences — en supposant qu'elles soient finies — d'expériences parfois drama-

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