LES PARTIS EN PRESENCE
tiques, un siècle qui renferme d'ailleurs plus de bouleversements que de changements, les caractères essentiels de la société restant à peu près ce que les avaient faits la Révolution et le Code civil, tandis que les régimes politiques, différents certes, se ressemblaient pourtant par bien des points.
Et c'est ainsi que parmi les révolutions et les querelles des partis, la France prit peu à peu la forme politique qu'elle a aujourd'hui et à laquelle ont contribué tous les régimes, sans exception, qu'elle a eus depuis cent ans.
Il est plus facile, et donc il est plus commun, de chercher et d'accentuer leurs différences; il y a parmi les Français nos contemporains des tenants de tous les partis, delà royauté blanche ou tricolore, de la république et de l'empire plébiscitaires, de la république parlementaire. Et à les entendre, à en croire leurs cris réciproques — car ils ont tous une grande ferveur et une profonde sincérité, — on se persuaderait qu'il y a des uns aux autres des distances à jamais infranchissables.
Nous voudrions montrer, et cela n'est pas très difficile et cela est beaucoup plus vrai — parce que cela est étranger autant que possible aux passions adverses, — qu'ils ne sont pas si éloignés les uns des autres; qu'il ne leur est pas impossible de s'accorder, — puisqu'ils s'accordent quand il le faut; — qu'il y a dans le régime politique actuel, d'ailleurs perfectible, comme toute chose humaine, des traits de leurs régimes préférés, non pas sans doute de
quoi les satisfaire tout à fait, mais de quoi leur plaire par certains côtés même essentiels; qu'en un mot la constitution actuelle de la France est le résultat de plus de cent ans d'efforts, et de tous les partis, tous inspirés par le souci de l'intérêt national.
La synthèse est toujours plus féconde que ^anal3^se; après tant d'analyses dissolvantes, nous voulons refaire la synthèse de Tunilé française.
La Restauration, avec Louis XVIII et Charles X, paraît bien éloignée de la Révolution et de nous ; en datant la Charte de i8i4 de la dix-neuvième année de son règne, Louis XVIII prétendait bien ignorer tout ce qui s'était passé en France depuis la chute de Tancien régime. Pourtant il conserva et consacra les principes essentiels de la Révolution; il laissa les biens nationaux, les anciens biens d'Éghse, aux paysans ou aux bourgeois qui les avaient achetés. Il garda le Concordat qu'avait conclu le premier Consul.
Il y eut sans doute avec la papauté une négociation pour un autre Concordat qui eût reconstitué l'ancienne propriété d'Église, et qui eût été vraiment en ce sens une restauration. Mais ce projet ne fut point soumis aux Chambres, qui peut-être ne l'eussent point accepté ; il ne fut pas promulgué.
Il y eut sans doute des pressions faites sur les paysans pour les convaincre de rendre à FÉglise les terres qui lui appartenaient jadis; il en fut qui eurent peur de quelque châtiment en ce monde ou dans l'autre; ceux-là furent rares. La plupart trouvèrent