LA CHARTE DES LIBERTES FRANÇAISES
On raconte que Louis XVIII, à son retour aux Tuileries, admirant le bon ordre et le luxe qui régnaient dans toute la maison, ne put s'empêcher de dire : « Décidément ce Buonaparte était un bon locataire! )) Ce n'était pas une simple boutade, et on y peut trouver beaucoup de sens.
D'ailleurs Louis XVIII avait l'esprit assez large et un patriotisme assez clairvoyant pour comprendre les nécessités de son temps. Il arrêta aussi tôt qu'il le put les excès de la Terreur Blanche ; il pratiqua de bonne heure une belle politique de réconciliation nationale; il soutint de toute sa faveur les ministres qui s'en faisaient les agents ; il fut heureux que la loi Gouvion-Saint-Cyr permît le rappel au service actif de la plupart des officiers de l'armée impériale; et, comme le comte d'Artois, le futur Charles X^ s'en plaignait avec quelque véhémence et y voyait des dangers : « Je ne veux pas, disait Louis XVIII, être le roi de deux Frances! »
Noble parole, qui a gardé jusqu'à nous toute sa valeur politique et morale, et qu'il est toujours bon de méditer.
Mais, en vérité, le régime politique lui-même qui fut institué par la Charte de 181 4, ne fut pas un régime de pure Restauration. L'ancien régime politique était fondé sur la monarchie de droit divin, et parla absolue, tempérée pourtant, non seulement par l'opinion publique, mais par diverses institutions et coutumes, surtout par le droit d'enregistrement et de remontrances qu'exerçait le Parlement.
Il fut bien un peu question, dans la Charte de i8i4, de droit divin, de souveraineté royale; elle fut elle-même « octroyée » par le roi, parce que tel était son « bon plaisir ». Il n'y fut plus question du Parlement de Paris, dont le contrôle d'ailleurs avait toujours pu être écarté par lit de justice.
Mais son droit de contrôle était dès lors attribué, bien plus efficacement, selon la manière anglaise, à deux Chambres législatives, la Chambre des pairs et la Chambre des représentants. En somme, c'était le régime parlementaire, à peu près tel que l'Angleterre l'avait éprouvé depuis sa Révolution de 1688.
On était à l'anglomanie alors, et l'on pouvait se demander si les institutions de TAngieterre convenaient à la France au même degré. Depuis, le régime parlementaire est devenu à son tour en France une tradition presque séculaire, et par cela seul qu'il a duré, il représente un fait dont il faut tenir compte, dont le pays est profondément marqué.
Il fut dès l'origine fondé sur la responsabihté des ministres devant les Chambres, quoiqu'elle ne fût pas inscrite dans la Charte : mais la Chambre Introuvable de i8i5, n'étant pas d'accord avec le ministère, fut dissoute, et le ministère garda le pouvoir parce que la majorité de la nouvelle Chambre lui fut favorable. Même sous Charles X le ministère Villèle tomba au lendemain d'élections qui lui étaient contraires. Et Charles X en somme fut renversé du trône pour avoir voulu garder le ministère Polignac contre la volonté des Chambres. ■