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LE CENS ELECTORAL

Sans doute le régime électoral comportait des conditions de cens assez sévères — 3oo fiancs de contributions directes pourles électeurs, i.ooo francs pour les élig-ibles, — afin de réserver les droits politiques à la grande propriété, presque toute aux mains des nobles. Mais il ne fut question de noblesse qu'à la Chambre des pairs.

D'ailleurs le cens électoral était une création de TAssemblée constituante qui avait d'abord voulu le fixer à la valeur du marc d'argent et qui avait enfin attribué le droit électoral aux propriétaires d'un revenu de i5o à 200 journées de travail. La Convention elle-même était revenue à des conditions analogues dans la Constitution de Tan III. Le cens électoral demeura la loi de la monarchie de Juillet ; il assura la prépondérance politique à la fortune, c'est-à-dire à la bourgeoisie; il fut depuis 1789 le signe de son avènement au pouvoir. Elle ne l'a pas quitté depuis; car, malgré le suffrage universel, le personnel parlementaire des assemblées législatives du second Empire ou de nos Chambres contemporaines n'est pas tellement différent, au point de vue des conditions sociales, de celui de la Restauration.

La Restauration a eu enfin une politique extérieure extrêmement remarquable, qui fut à la fois une reprise des traditions de l'ancienne monarchie et l'inauguration de notre politique contemporaine. Elle libéra le territoire d'assez bonne heure, grâce à l'habileté du duc de Richelieu et à la bonne volonté de l'empereur de Russie Alexandre P"". Si elle irrita

Driault, Unité. 11

un grand nombre de Français en intervenant en Espagne en faveur de la royauté absolue et du parti apostolique contre les libéraux, elle y prouva du moins que les forces militaires de la France étaient désormais refaites, et que son alliance pouvait être désirable ; elle reprit sa place parmi les grandes puissances.

Le Congrès de Vérone, où s'était décidée l'expédition d'Espagne, avait été l'occasion d'un grand dessein politique. Chateaubriand s'y était rencontré avec Alexandre P% et ensemble ils avaient jeté le& bases d'une entente où l'on pouvait retrouver quelques traits de Tilsitt,avec l'exceptionnelle personnalité de Napoléon en moins. En tout cas, ce fut la première alliance franco-russe qui ait été véritablement sincère, étant fondée sur des intérêts égaux et ayant rapporté aux deux parties de semblables profits, du côté de la Grèce ou du côté de l'Algérie.

Le gouvernement de Charles X eut en effet la satisfaction de représenter toute l'opinion française dans son intervention en Grèce, les uns, à droite, y voyant une nouvelle Croisade, et les autres, à gauche, une manifestation en faveur de la liberté, une compensation de la guerre d'Espagne. La bataille de Navarin fut célébrée en France par des applaudissements unanimes, et les poètes y consacrèrent des chants magnifiques.

Elle y gagna autre chose que de la gloire ; aussi bien arrive-t-il que la gloire soit profitable par le prestige incomparable dont elle rayonne. La France,,

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