LA FRANCE A ALGER
grâce à l'appui de la Russie, put négliger l'opposition que l'Angleterre faisait à l'expédition d'Alger. Elle y mit fin à la piraterie dans le temps où la Méditerranée allait redevenir le grand chemin du commerce universel par l'ouverture prochaine du canal de Suez. Charles X y jeta les bases de notre grand empire africain, y retrouvant le souvenir de maintes démonstrations navales, et surtout l'immortelle tradition de saint Louis, de Jacques Cœur et de Bonaparte. Ce fut « le dernier bienfait de la monarchie ».
Elle était capable d'autres succès. Il paraissait vraisemblable que la Belgique se donnerait à la France lors de la révolution inévitable qui la séparerait de la Hollande. C'était la base d'un immense projet, où le prince de Polignac entreprenait de refondre totalement l'état territorial de l'Europe. La Russie aurait eu sa part en Orient, et, appuyée par elle, la France aurait annexé la Belgique qui s'y prêtait.
Tout cela paraissait inévitable et, en quelque sorte, naturel ; nulle puissance n'était de taille ou disposée à s'y opposer ; à la pensée que certainement la France allait élargir ses frontières, corriger les traités de i8i5, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III disait : u Si les Français ne vont que jusqu'au Rhin, je ne bouge pas! » Tant il est vrai qu'alors encore le Rhin était considéré, même en Prusse, comme la frontière naturelle de la France.
La Révolution de Juillet compromit ces espérances, en brisant pour longtemps l'alliance franco-
russe, — Nicolas I"' ne voulant pas même correspondre avec (( le roi des barricades », — et en obligeant ainsi Louis-Philippe à se rapprocher de l'Angleterre qui ne veut pas qu'Anvers soit à la France.
Mais au moment où disparaît la monarchie de droit divin, il y a lieu d'admirer l'incontestable grandeur que, si peu d années après Walerloo, elle avait donnée à la politique extérieure de la France.
Il n'y a pas de grandes différences entre le régime de Juillet et celui de la Restauration. Il y a une différence de drapeau, ce qui est d'ailleurs appréciable ; cependant le drapeau blanc ne représentait plus l'ancien régime de la monarchie absolue, mais déjà une monarchie selon la Charte. La différence capitale, c'est sans doute que Charles X considérait la Charte comme une invention détestable, une limitation déplaisante de ses droits souverains, tandis que pour Louis-Philippe la Charte fut une « vérité ».
En fait, le personnel politique ne fut pas non plus tout à fait le même ; les classes dirigeantes furent élargies par l'abaissement du cens, à 5oo francs pour l'éligibilité, à 200 francs pour Télectorat; les « capacités » y furent adjointes moyennant un cens de 100 francs. Ainsi les i5.ooo électeurs du règne précédent, en grande partie des nobles, étaient noyés dans la masse des 160.000 électeurs nouveaux, pour la plupart des bourgeois. La bourgeoisie avait tout le pouvoir, fortifiée encore par l'avènement des ra ndes fortunes industrielles et commerciales.